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Norbert Krantz : Des premières prestations encourageantes

17 décembre 2018
Directeur des équipes de France handisport pour les disciplines estivales depuis le 1er trimestre 2018, Norbert Krantz dresse un bilan « encourageant » des performances tricolores des Français engagés sur les fronts européens et mondiaux depuis le début de l’été 2018. Chacun, à son niveau, va néanmoins devoir poursuivre les efforts effectués depuis neuf mois environ pour transformer ces promesses aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020.

« Tout est possible mais rien n’est encore fait. » Norbert Krantz, le directeur des équipes France pour les sports paralympiques d’été à la FFH, aime les formules pour retranscrire ses sentiments. Des formules riches de sens accompagnées d’impressions fondées et argumentées, justes et constructives.

Norbert Krantz, comment qualifieriez-vous l’été des équipes de France handisport ?

Il est encourageant mais n’autorise aucun « laisser-aller ». Le bilan comptable est de 22 médailles d’or, 21 en argent et 23 en bronze. Trois tiers assez équitables d’ailleurs. Mais il convient de rappeler que quelques-unes de ces médailles ont été glanées lors de championnats d’Europe. On sait combien transformer cela en médailles paralympiques, qui plus est en or, demande du travail. Il faut donc poursuivre les efforts effectués depuis le début de l’année civile. Il ne faut rien lâcher.

Encourageant dans quel domaine ?

On constate une vraie amorce vers le très haut niveau. Encourageant parce que nos leaders ont répondu présent. Parce que des jeunes ont intégré les équipes de France. Lors de ma prise de fonction à la FFH, j’avais parlé d’enthousiasme et de mouvement. L’enthousiasme, c’est-à-dire, la croyance en nos possibilités d’y arriver malgré des moyens différents, est bien réel. Le niveau d’exigence que l’on a demandé d’atteindre à tous, par tous et pour tous, se met en place. On a réuni des éléments pour permettre la réalisation de grands projets. Mais nous n’en sommes qu’au début.

Encourageant aussi d’un point de vue strictement comptable. Nous étions à 9 titres paralympiques à Rio. Trois ont été glanés par des sports dont nous avons perdu la délégation. Aujourd’hui, nous sommes dans les mêmes perspectives : je pense que nous pouvons sérieusement viser neuf médailles d’or à Tokyo 2020. Une ou deux autres sont en construction.  

Quelles sont vos principales satisfactions en termes de résultats ?

Il faut saluer à leur juste valeur les six podiums mondiaux. Le titre du pongiste Fabien Lamirault, la 2e place de Thu Kamkasomphou et les deux médailles de bronze de Stéphane Molliens et Anne Barneoud, toujours en tennis de table. Il faut y ajouter les deux podiums en handbike. Le tennis de table, au regard du contexte de l’épreuve (championnats du monde individuels uniquement) et interne, a su se remobiliser. Les ténors sont et seront toujours là. À noter également la bonne santé générale de l’haltérophilie lors des Championnats d’Europe organisés à Berck sur Mer avec 2 médailles d’Or et 1 médaille de Bronze !

La très grande satisfaction provient de l’athlétisme. Avec un tiers de nouveaux venus en équipe de France et 38 athlètes engagés à l’Euro de Berlin, il y a eu une très belle dynamique et des résultats prometteurs avec en point d’orgue le record du monde de Marie-Amélie Le Fur à la longueur T64 (6m01). Il y a de l’espoir et de la réserve pour l’avenir. Ce n’est pas anodin car nous avons déjà mis en place un travail de préparation pour les Jeux paralympiques de Paris 2024. Six ans à l’avance, nous sommes déjà tournés vers cet objectif. C’est nouveau mais cela est indispensable en matière de relève. Nous devons repérer et accompagner les potentiels pour éviter de les perdre en route.

J’ai aussi aimé la politique de reconstruction mise en place par Sami El Gueddari en natation. Comme j’ai apprécié les performances des haltérophiles lors de l’Euro disputé à Berck.

Enfin, je retiens aussi l’excellente progression du rugby fauteuil, entré cette année dans le Top 5 mondial. Ce sont un peu nos irréductibles Gaulois. Ils s’organisent pour relever des challenges. On les soutient. C’est le sport collectif français en vogue. Et à noter également une bonne entrée en matière de la boccia sur le circuit mondial.

Et vos regrets ou déceptions ?

L’escrime a tenu son rang mais laisse un petit goût d’inachevé. Il y a eu des podiums mais il a peut-être manqué un peu de hargne et de caractère supplémentaires pour aller chercher l’or. Le cyclisme descendu à la 20e place mondial doit repartir de l’avant. Cette discipline est importante en France où la culture vélo est forte. Nous allons d’ailleurs nous appuyer sur un duo, Thierry Weissland et Laurent Thirionet pour accompagner le DS, Jérôme Dupré. Cette discipline possède un vivier à exploiter. Nous devons donc accélérer la relance pour accrocher des choses à Tokyo et être prêt à Paris. Je tiens aussi à rendre un hommage appuyé à David Franek, champion du monde 2017 de handbike, récemment décédé.  

Avez-vous le sentiment que les jeunes ont adopté les bons comportements pour atteindre le très haut niveau ?

Oui. Il y a une vraie dynamique d’enclenchée. On est en train de devenir une fédération de pointe. Je suis satisfait de constater avec quelle facilité les choses avancent et bougent à tous les niveaux. Les jeunes entendent ce nouveau discours. Il correspond aussi à ce qu’ils veulent faire, à leur vision du handisport de compétition. Mais il faut du temps pour que les résultats arrivent. Globalement, nous aurons des résultats à Tokyo 2020 et nous devrions être prêts pour Paris 2024.

Quelles les pistes d’amélioration avez-vous ciblé en termes d’organisation et de préparation ?

Dès janvier 2019, une cellule va se pencher sur la préparation de Tokyo 2020. Nous devons progresser en matière de gestion du cadre environnemental. Au Japon, à Tokyo, il va y avoir beaucoup d’humidité, il va donc falloir attacher de l’importance à la météo. Cela va influer sur l’alimentation, le sommeil. Nous devons préparer au mieux les transports. Nous devons permettre aux athlètes de se préparer au mieux à un maximum de facteurs. Il y aura toujours un travail d’adaptation à fournir de leur part. La différence entre les Jeux et les championnats du monde réside dans tout l’environnement. Le village, le self, les trajets souvent plus importants, les délais parfois difficiles à maîtriser…Nous devons être très forts sur cet élément-là pour aider les sportifs à être dans les meilleures conditions le jour J. Ce sont tous ces petits détails qui font que les Français, s’ils ont mis en place les bonnes attitudes pour répondre aux exigences du très haut niveau mondial, décrocheront davantage de médailles d’or. // J. Soyer

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