Deux parcours différents, une même conviction : les plus belles victoires ne se remportent pas uniquement sur le terrain.
Lorsque Khalifa Youme arrive en France en 2005 pour poursuivre ses études, il ne connaît encore rien du cécifoot. Pourtant, le football fait déjà partie de sa vie depuis toujours. Au Sénégal, où il grandit, il continue de jouer malgré la perte progressive de sa vue à l’âge de quatre ans, conséquence d’une rougeole mal soignée. Quelques jours seulement après son arrivée en France, un reportage télévisé bouleverse son quotidien. « Je suis tombé par hasard sur un reportage consacré au cécifoot.
Passionné de football depuis toujours, je me suis immédiatement dit que c’était le sport qu’il me fallait. »
Les débuts sont pourtant exigeants. Nouveau pays, nouveau climat, études à concilier avec les entraînements, découverte d’une discipline très différente de celle qu’il pratiquait jusque-là… Les premiers mois sont parfois décourageants. « Au début, tout était nouveau. J’ai même pensé arrêter. Mais grâce aux encouragements de mes entraîneurs et de mes coéquipiers, j’ai persévéré. »
Cette persévérance devient rapidement sa plus grande force. Année après année, Khalifa s’impose comme l’un des joueurs les plus expérimentés du collectif tricolore. Son intelligence de jeu, sa qualité technique et sa capacité à communiquer avec ses partenaires font de lui un élément essentiel des Bleus. Car pour lui, le cécifoot est avant tout un sport collectif. « Sans communication, il est impossible de jouer collectivement. »
Mais son engagement dépasse largement les compétitions internationales. En France, Khalifa intervient régulièrement dans les écoles, les entreprises ou lors d’actions de sensibilisation pour faire découvrir le cécifoot et changer le regard porté sur le handicap. Dans le même temps, il accompagne aussi le développement de la discipline au Sénégal, où il partage son expérience avec les jeunes joueurs et les éducateurs. « J’aimerais que le Sénégal puisse s’installer durablement parmi les meilleures nations africaines. »
Faire progresser son sport est devenu, pour lui, une mission aussi importante que gagner des matchs.
Comme Khalifa Youme, Gaël Rivière n’a jamais limité son engagement au terrain. Originaire de La Réunion, il découvre le cécifoot à son arrivée en métropole pour poursuivre ses études. Très vite, son talent lui ouvre les portes de l’équipe de France, qu’il rejoint dès l’âge de seize ans.
Au fil des saisons, il devient l’un des leaders naturels du collectif. Il connaît les grandes victoires comme les périodes plus difficiles, accompagne plusieurs générations de joueurs et participe à toutes les étapes du développement du cécifoot français.
En parallèle,
Gaël construit une carrière exigeante d’avocat au barreau de Paris. Une double vie qui lui apprend à gérer la pression, à organiser son temps et à défendre des convictions, aussi bien dans une salle d’audience que sur un terrain de sport. « Le sport m’a appris la résilience, le collectif et la gestion de la pression. Mon métier d’avocat m’apporte de la méthode. Les deux se nourrissent mutuellement. »
Très tôt, il choisit également de s’investir dans la gouvernance du handisport. Membre du comité directeur de la Fédération Française Handisport, puis vice-président, il est élu président de la FFHandisport en décembre 2024. Une fonction qu’il aborde avec la même philosophie que sa carrière de joueur : construire dans la durée. Son ambition est claire : développer la pratique, accompagner les clubs, renforcer le haut niveau tout en permettant au plus grand nombre de découvrir les disciplines handisport.
« Je veux contribuer à construire une fédération ambitieuse, accompagner les clubs et permettre à chacun de trouver sa place dans le sport. » Pour lui, les performances internationales n’ont de sens que si elles laissent un héritage durable au service de tous les pratiquants.
Tous les deux savent que leur carrière sportive ne durera pas éternellement. Mais ils savent aussi que leur engagement, lui, continuera. Khalifa Youme en transmettant son expérience aux jeunes joueurs, en France comme au Sénégal. Gaël Rivière en portant le projet fédéral et en poursuivant le développement du handisport français.
Leurs parcours illustrent une même idée : un international ne se définit pas seulement par les matchs qu’il dispute ou les titres qu’il remporte. Il se définit aussi par ce qu’il laisse derrière lui. À travers leur investissement quotidien, Khalifa Youme et Gaël Rivière montrent que le cécifoot ne se construit pas uniquement sur les terrains. Il grandit grâce à des femmes et des hommes qui choisissent de s’engager durablement, de transmettre leur expérience et de mettre leur énergie au service des générations futures. C’est sans doute là leur plus belle victoire.
©Didier Echelard
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