En para ski nordique, le guidage est une présence continue. Florian ouvre la piste, parle sans interruption, crée un fil sonore qui structure la course. « Son premier repère, c’est le son », explique-t-il. Alors il parle, en rythme, presque sans silence : « Je fais des “là, là, là” tout le long de la piste. » Ce flux permanent n’est pas un simple accompagnement : il donne le tempo, sécurise l’effort, permet à l’athlète de s’engager pleinement. À cette voix, Florian ajoute des indications précises, presque chirurgicales : « J’indique les passages critiques : les virages, quand ça monte, quand ça relance, quand ça descend. » Et dans une discipline d’endurance, le guidage ne se limite pas au relief : il devient stratégique. « Où sont les adversaires, qui veut doubler, à quel moment il faut gérer… » Autant de décisions prises en temps réel, sans jamais casser le rythme.
En para ski alpin, la logique bascule. Ici, tout se joue dans l’instant. La pente accélère les décisions, la vitesse compresse le temps. Perrine Clair décrit une communication brève, tendue, essentielle : « On essaye de skier le plus proche possible. Parfois je dois réguler ma vitesse, parfois accélérer. Il faut anticiper en permanence. » Les mots sont courts, calibrés, immédiatement exploitables. Hyacinthe le formule sans détour : « Il faut une information claire, concise, qui me permette de lâcher les skis au bon moment, tourner au bon moment, absorber au bon moment. » Là où le nordique construit une trajectoire longue, l’alpin exige une précision instantanée. Perrine ne guide pas seulement par la voix : elle est aussi un repère visuel. « Je suis en vert fluo, donc je suis visible pour lui. Il faut que je sois proche pour ne pas qu’il me perde de vue. » Derrière, elle décrit chaque mouvement de terrain. « Dès que je lui dis, il met en place. » Dans les deux cas, le guidage ne freine jamais la performance : il la rend possible.
Dans les deux disciplines, tout repose sur un même socle : la confiance. Une confiance qui ne se décrète pas, mais se construit, jour après jour, dans l’effort partagé. Florian en parle avec sobriété : « Dès le début, on a créé une relation amicale. Ça facilite vraiment le travail du guide. » Parce que guider ne se limite pas à la course. C’est l’entraînement, les déplacements, les habitudes, parfois les gestes simples du quotidien. « On passe énormément de temps ensemble », rappelle-t-il. « Et ça compte. »
Cette relation peut faire basculer une carrière. Florian s’en souvient encore : le titre mondial en biathlon individuel au Canada, en 2023. « Tout était juste. Quand on a passé la ligne et qu’on a vu qu’on était en tête… c’était très intense. J’étais fier qu’Anthony ait ce titre avec moi comme guide. » Dans ces moments-là, la frontière entre athlète et guide disparaît presque.
Perrine, elle, arrive plus tard dans l’histoire. Mars 2025. Dix mois seulement avant les Jeux de Milan-Cortina. Un engagement total, assumé. « Il y a trois ans, j’arrêtais ma carrière de haut niveau », raconte-t-elle. « Et puis on me dit : tu vas participer aux Jeux paralympiques. C’est extraordinaire. » Pour elle, ce projet n’est pas un simple rebond : c’est une continuité autrement vécue. « Ça faisait partie de mes rêves d’enfant et d’athlète. Et le partager avec Hyacinthe, c’est incroyable. »

Perrine Clair guidant Hyacinthe Deleplace à Tignes
Ce qui bouleverse, parfois, c’est l’inversion naturelle des rôles. Perrine le dit avec une sincérité rare : « Pour le coup, c’est Hyacinthe qui me guide. » Par son expérience des grands rendez-vous, par son calme, par sa manière d’aborder l’enjeu. Hyacinthe pose les bases : « Ne pas se laisser dépasser par l’événement. Rester dans le jeu. On est là pour jouer et se faire plaisir. » Une phrase simple, mais capitale à l’approche des Jeux.
Car dans le parasport, le rêve olympique se vit aussi autrement. Florian le reconnaît : « Je n’ai jamais fait les Jeux. C’était mon rêve d’enfant. » Et ce rêve, il s’apprête à le vivre autrement, à travers cette voix qu’il donne, cette trajectoire qu’il ouvre.
Ils ne partagent pas seulement une course, ils partagent un rêve. Et ce rêve-là se vit à deux.