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La révolution technologique du matériel ouvre grand le champ des possibles.

14 mars 2026
La Fédération Française Handisport (FFH) est un acteur incontournable en matière d’accessibilité en montagne. Emmanuel Buchoud, en charge des sports nature pour la FFH, explique en quoi les progrès technologiques et un changement de paradigme ouvrent des perspectives nouvelles et vertueuses. Il rappelle aussi que sur les sports nature en montagne, Handisport est délégataire de la grande majorité des disciplines les plus pratiquées par des personnes en situation de handicap moteur ou sensoriel. Entretien.

Emmanuel Buchoud, quelles évolutions favorisent l’accès aux sports extérieurs de montagne pour les personnes en situation de handicap ?

Le cœur du sujet est de penser l’accessibilité à la montagne différemment. Les acteurs de la FFH rendent praticables ces sports grâce à une expertise incontournable du handicap et du matériel adapté. On est dans une logique d’accessibilité par compensation. Cette approche présente l’avantage de ne pas impacter la biodiversité parce que nous limitons aux maximum les travaux.

Comment ça ?

Rendre accessible au plus grand nombre des disciplines comme la randonnée, le Fauteuil tout terrain ou le VTT ne revient pas forcément à construire un chemin PMR dans un milieu naturel. Surtout en montagne, parce que par sa topographie, il est impossible de respecter les normes urbaines. On agit plutôt sur l’information, la formation et la mise à disposition de matériel et/ou d’accompagnement adapté. Mais cela ne signifie pas d’interdire tous les aménagements. Si un petit pont est nécessaire pour traverser un ruisseau, construisons-le assez large, avec une pente douce. De la même manière, pour la FTT ou le VTT, il existe des plateformes sur les pistes : si elles ne sont pas assez larges, c’est excluant. Quand il y a de l’infrastructure, elle se doit d’être accessible pour permettre au plus grand nombre de s’exprimer. Cela entre dans le volet héritage des Jeux des Alpes Françaises 2030. Nous poussons cette conception auprès de la Direction interministérielle des Jeux olympiques et paralympiques. Cela vaut aussi pour les sports d’hiver et les remontées mécaniques.

En VTT ou FTT, de nouveaux engins semblent révolutionner la pratique…

Le développement de ces engins est en plein essor. Les bowhead ont été conçus pour compenser un grand nombre de difficultés comme franchir des obstacles, circuler sur des sentiers étroits et/ou passer les gros dévers. Ils sont de très grande qualité, solides, fiables et confortables. L’assistance électrique permet à des handbikes de faire du tout-terrain. Cette révolution du matériel change les règles du jeu et ouvrent le champ des possibles. Développer le para VTT est possible grâce à ces nouveaux équipements.

Sont-ils financièrement accessibles au plus grand nombre ?

Cela représente un coût, jusqu’à 15 000 €. En ce sens, FFH est incontournable. Nous pouvons former à l’encadrement, à l’entretien, stocker et mutualiser le matériel. On doit mieux communiquer sur l’accessibilité de la montagne pour les personnes en situation de handicap, sur les activités qui s’ouvrent à elles.

Quels sont les avantages de On piste et du label Handi’Spot co-développé par FFH ?

‘’On piste’’ recense les bons spots… Le label Handi’Spot vise à rendre les activités de pleine nature accessibles aux personnes en situation de handicap, qu’il soit physique et/ou sensoriel. Tout est centralisé sur un même site. Il ne faut pas sanctuariser ces pratiques en disant de toutes façons, les personnes en situation de handicap n’y vont pas. D’autant qu’il existe des handicaps très différents. L’idée n’est pas de dire tu peux ou tu ne peux pas y aller mais de donner les informations spécifiques sur un lieu pour que le pratiquant analyse et réfléchisse à comment y aller. On vise une autonomisation des pratiquants.

D’autres disciplines bénéficient-elles d’évolutions technologiques ?

La course d’orientation qui entre au programme des Jeux Nationaux de l’Avenir en mai prochain. C’est la première fois qu’un sport nature y est proposé. Cette discipline mêle un côté intellectuel et un côté déplacement. La possibilité de mettre une troisième roue à l’avant des fauteuils élargit le terrain de jeu. Aussi, l’Ecole nationale supérieure des Arts et métiers de Paris travaille sur une prothèse pour le snowboard et le wakeboard. Hors champ fédéral (escalade, parapente…), de nombreuses évolutions lèvent les freins à la pratique. Ça bouge dans tous les secteurs.

Deux dates à retenir.

En septembre, se tiendra en Suède le regroupement européen des acteurs des sports de nature. « Le double thème principal sur l’outdoor, c’est jeunes et inclusion, développe Emmanuel Buchoud. L’objectif : faire avancer le regard sur les possibles et avoir du soutien européen sur ces questions-là. »

Les 9 et 10 octobre 2026, un événement global pour le développement du para-VTT est programmé à Élancourt (Yvelines), sur le site des Jeux Olympiques de Paris 2024. « Il y aura des fabricants, un salon de matériel adapté, (VTT adapté, FTT…). Mais aussi de la découverte des pratiques, effectuée sur les circuits des Jeux de Paris 2024, précise Emmanuel Buchoud. On est dans la logique de l’héritage. »

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