Pour la FFH, le travail de réflexion s’est rapidement fait. Mettre en place des actions de prévention s’est avéré être essentiel, comme le souligne Sandrine Plu-Rabaud, intronisée Directrice Technique Nationale en septembre 2023 : « depuis deux ans et l’arrivée de Grégory Saint-Geniès comme DTN, la Fédération s’est organisée pour être performante dans le traitement des situations en lien avec toutes les violences en général, et nous avons souhaité passer un deuxième cap autour d’une vraie politique de prévention. » Et cette politique a été pensée bien au-delà du seul cadre réglementaire dû à la loi de 2022.
Les violences sexistes et sexuelles (VVS) se définissent comme étant tout acte sexuel, toute tentative d’acte sexuel, tout commentaire ou avance de nature sexuelle dirigés à l’encontre d’une personne et sans son consentement. Les violences sexistes se manifestent par un ensemble d’attitudes et de comportements qui relèvent du sexisme, avec des graduations dans la gravité et dans la sanction.
La FFH a la responsabilité d’assurer une pratique en toute sécurité pour tous les publics, mais aussi de leur proposer un environnement sain et sécuritaire. Cette responsabilité s’étend sur l’ensemble du territoire puisque la Fédération s’est doté d’experts, représentés par un pôle juridique, qui accompagne les différentes entités (comités départementaux et régionaux) pour traiter les cas et qui est un vrai support pour celles et ceux qui rencontrent des difficultés sur ces sujets. En parallèle, des temps de sensibilisation et d’information, sur les bonnes conduites à tenir, sur les postures et sur le cadre réglementaire à suivre lorsqu’on est témoin ou lorsqu’une situation violente est signalée, sont proposés auprès des collègues sur le territoire.
Cette expertise et ces démarches ont été d’autant plus légitimées par la nomination, en janvier 2026, de Quentin Schillé, au poste de référent prévention VSS. Prévenir, c’est avant tout faire en sorte de diminuer au maximum le nombre de situations problématiques, et c’est tout l’enjeu pour Quentin Schillé qui aura pour mission de construire un solide programme d’accompagnement dédié aux personnes susceptibles d’être confrontées à une situation de violence (corps arbitral, élus, sportifs, parents, etc.).
La principale difficulté se situe au niveau de l’interprétation d’une situation qui, par les différences de génération ou de culture, n’est pas la même d’une personne à l’autre. Tout le champ du programme de prévention, c’est de travailler sur les postures et ces interprétations, qui légitiment dans certains cas des situations de violences, et dans d’autres non.
Aujourd’hui, les discours ont évolué et la société est prête à investir ces sujets. Pour la FFH, cette politique fait déjà office de plus-value car elle propose une pratique sportive dans un champ encadré. Des professionnels sont formés et participent à créer un environnement où l’individu est considéré dans son ensemble. C’est toute la pierre angulaire de ce programme de prévention fédéral centré autour de la personne.
« La volonté, c’est d’arriver progressivement à pouvoir consacrer du temps sur les différentes formes de violence. Dans le champ du sport, on a commencé par les violences sexuelles et sexistes, mais on souhaite être formé et performant avant de s’attaquer à d’autres formes de violences (verbales, physiques, psychologiques, notion d’emprise, questions de genre, etc.). L’objectif, c’est qu’à horizon 2029, on soit à même d’avoir abordé un maximum de sujets pour avoir la légitimité d’en aborder d’autres. On veut se structurer pour être performants dans les actions que l’on mènera », détaille Sandrine Plu-Rabaud.
Dans les années mois et années à venir, la Fédération prévoit de travailler autour de trois chantiers prioritaires. Le premier sera d’accompagner le corps arbitral sur les postures à adopter face aux dirigeants, aux sportifs et au public. Le second concerne la sensibilisation des plus jeunes, sur la prudence autour des différentes violences et notamment les violences numériques. Enfin, la FFH formera les dirigeants sur la méthodologie à suivre suite à un signalement de violence (« comment je signale », « quelle attitude adopter », etc.). À la suite de ce travail d’envergure, charge à la Fédération d’évaluer et de mesurer l’impact des actions mises en place. Comme le précise Sandrine Plu-Rabaud : « la meilleure évaluation sera d’avoir moins de signalements. Le côté qualitatif des interventions et le côté quantitatif du volume d’intervention pourrait être pour nous un indicateur dans deux ou trois ans pour dire qu’on a fait un beau travail. » Avant d’arriver à cette étape, plusieurs actions ont marqué la genèse de ce programme fédéral.
Programme fédéral pluriannuel – Lutte contre les conduites déviantes
Grâce à un cadre bien défini, l’ensemble des règlements sportifs et disciplinaires ont été revus, ce qui a permis à la Fédération de se structurer dans l’accompagnement d’une situation et notamment, des sanctions qui peuvent en découler. Ce travail a été renforcé par une commission de discipline dont les membres, sensibles à ces sujets, sont juristes, avocats ou encore bénévoles, et qui sont tous formés et qualifiés pour traiter ces situations de violence. Qu’elles soient sexistes, physiques, psychologiques ou encore par le biais du numérique, ces violences sont abordées de façon transversale afin d’en proposer un regard générique. Faire adhérer ce regard à travers toutes les entités, c’est faire en sorte que chacun ait pris la mesure du sujet, de son importance, et s’en est emparé sans concession. L’organisation nationale a permis non pas de mieux traiter les sujets, mais d’accompagner les collègues sur le territoire pour les traiter efficacement. Chacun s’est rendu compte que cet accompagnement était facilitant et surtout, sécurisant. Chaque personne engagée, quel que ce soit poste, est consciente de sa responsabilité et a à cœur d’accueillir quiconque dans les règles et dans la bienveillance.
Il y a trois ans, lorsque la FFH a construit sa réflexion, l’objectif était de structurer l’accompagnement des signalements avec un service juridique qualifié pour traiter toutes formes de situation. Une fois ce domaine consolidé, elle a décidé de s’attaquer à la partie prévention avec une personne dédiée pour organiser ce programme. « Il fallait vraiment que ce soit quelque chose qui soit posé, organisé et inscrit comme un vrai objectif identifié dans le projet de la Fédération. C’est le type de mission où on voit concrètement les effets », souligne Sandrine Plu-Rabaud.
Liée à une politique publique et de par sa délégation ministérielle, cette mission est une obligation pour la FFH qui se doit d’avoir tout un programme de prévention sérieux et authentique. Actuellement, il y a une fluidité d’échange entre les élus et la direction qui est facilitante et un engagement sur le sujet qui l’est d’autant plus. Le cadre étant validé, tout est fait pour que Quentin Schillé puisse mettre en œuvre ce programme dans les meilleures conditions possibles. Son développement permettra assurément à la Fédération de continuer à renforcer sa qualité d’encadrement, à réassurer sur ses pratiques, pour ainsi augmenter l’attractivité du handisport. C’est un réel besoin de terrain, comme le fait remarquer Sandrine Plu-Rabaud : « on a cette difficulté à convaincre que la pratique sportive dans nos environnements est encadrée, sécurisée et bénéfique. Toutes ces campagnes vont nous permettre de réinsister sur ce triptyque. Confiez vos enfants à nos environnements, où ils bénéficient d’un encadrement techniquement formé aux disciplines et sensibilisé à la prévention des violences. »
Indéniablement, la FFH doit être en mesure d’argumenter sur la qualité de ce qu’elle met en œuvre afin de démontrer qu’elle est véritablement performante, sur et en dehors du terrain. D’ici trois à cinq ans, ce travail pourra amener la Fédération à ne plus avoir un réel besoin de communication sur ces sujets. Ce qui ne veut pas dire l’abandonner, mais simplement démontrer que l’expertise est bel et bien reconnue. C’est tout le mal que l’on peut souhaiter à ce programme fédéral de prévention !
S.Grandol