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La morsure de requin apporte une percée pour Manoel Bourdenx

22 août 2019

Être mordu par un requin en découragerait plus d’un de s’approcher à nouveau de ce prédateur. Ce n’est pas le cas du skieur para-alpin Manoel Bourdenx qui est allé nager avec les requins un an après son attaque. « J’en avais besoin parce que je suis sûr que les requins ne sont pas dangereux », déclare Bourdenx. « Tout est plus dangereux que les requins, même les noix de coco, les moustiques, les loups, les gens, tout. »

L’extraordinaire capacité de Bourdenx à tirer le meilleur parti de toutes les situations a été pleinement exposée au cours de la dernière saison para-alpine où il a fait ses débuts sur le circuit international. Initialement, l’homme de 32 ans n’aspirait qu’à devenir un précurseur, mais à la fin de la saison, il affichait le top 10 de la catégorie, très compétitive, hommes debout et était en passe de devenir un membre à part entière de l’équipe de France.

Vacances interrompues

Bourdenx n’était pas étranger aux requins lorsqu’il est parti en vacances de surf en avril 2017. Il s’est approché des prédateurs lors de ses premiers voyages de surf, mais aucun ne l’avait jamais attaqué. Tout cela a changé sur la côte de Kauai, Hawaii, quand un requin tigre a nagé jusqu’à lui et s’est accroché à son corps. « Quand je l’ai vu, il était trop tard » dit Bourdenx. « Je surfais, j’attendais une vague, j’étais assis sur ma planche quand le requin m’a attrapé la jambe. Je me suis battu avec lui pendant environ 12 secondes, puis il m’a relâché, puis une vague est venue et m’a ramené jusqu’au rivage. »

« Je voulais me mettre debout sur ma planche sur le chemin du retour parce que je ne voulais pas que le requin me morde à nouveau. J’ai alors regardé ma jambe mais je n’ai rien vu. J’ai seulement vu le sable entre mes os. » Sa petite amie lui a donné les premiers soins lorsqu’il s’est échoué sur le rivage. Une ambulance est arrivée peu de temps après. Il a été transporté et amené en chirurgie et, dans les six heures qui ont suivi l’accident, il est passé d’un passionné de sport à un amputé.

Les premiers jours à l’hôpital ont été rudes car l’athlétique Bourdenx, non seulement un surfeur amateur, mais aussi un moniteur de ski, se lamentait du changement de son corps.
« La première demi-heure a été difficile. J’ai essayé de lever ma jambe, elle était si légère, alors j’ai réalisé que ce n’était pas un cauchemar », dit-il. « Puis j’ai pleuré un peu et le chirurgien est venu . Je lui ai demandé tout de suite, ‘Est-ce que je vais skier avec mes deux jambes à nouveau ?’ et il m’a dit, ‘Oui’, et à partir de là, j’ai juste pensé, ‘Que dois-je faire pour y arriver ? »

« Vous allez avoir besoin d’un plus grand rêve »

En repensant à cet après-midi fatidique à Hawaï, Bourdenx est impressionné par la légèreté avec laquelle il a pris la situation. « C’était vraiment bizarre sur la plage parce que j’étais le seul gars qui allait bien », a-t-il dit. « J’ai réalisé sur les visages de tout le monde autour de moi que c’était une grosse affaire, mais dans ma tête, ce n’était pas le cas ». Faisant face à la réalité, Bourdenx a choisi de se concentrer sur tout le positif qui sort de l’accident. Les Jeux Paralympiques lui sont rapidement venus à l’esprit. 
 
Il a décidé très tôt que le ski alpin serait son chemin vers les Jeux Paralympiques, mais mettre des skis à nouveau était une perspective effrayante. Skieur passionné depuis son enfance, Bourdenx craignait de ne plus pouvoir skier comme avant. C’est avec une prothèse qu’il l’a essayé pour la première fois en décembre 2017. « Je n’ai jamais été aussi stressé de ma vie », a dit Bourdenx. « Quand j’ai mis mes bottes, je me suis dit quelque chose comme, ‘Bon sang, vais-je profiter de cela ?’ J’avais tellement peur de ne pas pouvoir skier comme avant, de ne pas apprécier le ski ». Mais une fois que Bourdenx a attaché ses skis, il ne pouvait pas se retenir. « J’ai fait cinq tours pour atteindre le télésiège et tous mes amis m’attendaient au sommet. La poudreuse était si bonne. Les conditions étaient parfaites et ils m’ont dit : « Si tu veux faire une ou deux pentes faciles avant de nous rejoindre, tu peux, mais nous allons aller dans la poudreuse », se souvient Bourdenx. « J’ai été le premier à passer. Je ne voulais plus attendre ». En skiant à nouveau, il s’est fixé son prochain objectif : être un précurseur lors de la finale de la Coupe du Monde de ski alpin à Morzine, en France, en mars 2019. 

Il a commencé à s’entrainer avec l’équipe de France en janvier 2019, mais ses progrès ont été si impressionnants qu’il a rapidement participé en tant que membre officieux de l’équipe aux Championnats du Monde de ski alpin 2019 et aux différentes échéances de la Coupe du Monde de ski alpin. « L’équipe de France m’a demandé de rester pour m’entraîner avec eux. C’était un bon timing et aussi de la chance», a dit Bourdenx. « À cette époque, je rêvais juste d’être à Morzine parce que c’est chez moi. J’enseigne depuis 10 ans ici et je voulais juste faire une course décente devant tous mes amis».

Bourdenx a continué à faire des progrès stables tout au long de la saison. Aux Championnats du Monde 2019, il a enregistré son meilleur résultat de carrière en descente en terminant cinquième. Quand ses amis sont venus à Morzine, au lieu de regarder un précurseur, comme prévu, ils ont regardé Bourdenx prendre les pistes comme un sérieux coureur de Coupe du Monde. « C’était tellement cool de faire partie du jeu et pas seulement d’être un précurseur », a-t-il dit. Un an après l’accident, Bourdenx a coché un autre élément sur sa liste de souhaits.

L’été dernier, il a plongé dans le sud du Pacifique pour nager avec les requins et prouver qu’il n’y a rien à craindre. « Ils ne se soucient même pas de vous. Ils viennent voir vos bulles et puis ils s’en vont », a déclaré Bourdenx. « Je les connais beaucoup mieux qu’avant et j’espère juste que les gens ouvriront les yeux et se rendront compte qu’ils ne sont pas dangereux ».

Traduit Par H. Grob d’après l’article de l’IPC. Interview réalisée par World Para Alpine Skiing
Article original en anglais : https://www.paralympic.org/feature/shark-bite-brings-breakthrough-manoel-bourdenx

Photo : G. Picout


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