Leur travail ne se résume pas à choisir une composition d’équipe. Il consiste à former, transmettre, faire progresser et créer un collectif capable de performer dans les plus grands rendez-vous.
Toussaint Akpweh, une vie consacrée au cécifoot
Lorsque Toussaint Akpweh découvre le cécifoot à la fin des années 1990, la discipline n’en est qu’à ses balbutiements en France. Rien n’est véritablement structuré. Les règles évoluent encore, les méthodes d’entraînement restent à inventer et les équipements sont loin de ceux que l’on connaît aujourd’hui. « Quand j’arrive, il y avait tout à construire. Les terrains n’avaient pas de barrières, il fallait réfléchir aux lois du jeu, au matériel, à la pédagogie… »
Entraîneur de football de formation, il découvre presque par hasard un article
écrit par un joueur déficient visuel qui lance un appel aux techniciens du football pour développer cette pratique en France. Quelques lignes qui changent sa carrière. Très rapidement, il devient l’un des principaux artisans de la structuration du cécifoot français. Il participe à l’évolution des règles, imagine de nouveaux outils pédagogiques et développe une véritable méthodologie d’entraînement adaptée aux joueurs déficients visuels. « Je peux dire que je fais partie des mémoires de ce sport. Tous les jours, il fallait trouver des solutions à des problématiques nouvelles. »
Mais ce qui distingue surtout Toussaint Akpweh est sa vision du sport. Pour lui, un joueur déficient visuel n’est pas d’abord une personne en situation de handicap. C’est avant tout un footballeur. « Mes athlètes sont d’abord des sportifs avant d’être identifiés comme des personnes en situation de handicap. »
Cette philosophie guide encore aujourd’hui chacune de ses séances d’entraînement. Derrière chaque exercice technique se cache aussi un travail sur l’autonomie, la perception de l’espace et la prise d’information. Il aime d’ailleurs rappeler que le terrain de cécifoot constitue une formidable école de la vie. « Le terrain de cécifoot est un réduit de l’espace sociétal. Les outils que les joueurs développent ici leur servent aussi dans leur autonomie quotidienne. »
Revenu à la tête des Bleus en 2018, il fixe immédiatement un objectif : ramener l’équipe de France parmi les meilleures nations mondiales. Après une qualification pour les Jeux de Tokyo, un titre de champion d’Europe en 2022 puis la conquête du titre paralympique à Paris, cette ambition est devenue une réalité. Pour lui, cette médaille d’or n’est pourtant pas une finalité. « Les Jeux de Paris ne sont pas la fin. Au contraire, c’est le début de quelque chose d’encore plus important. »
Yannick Le Colvez, le relais indispensable
À ses côtés, Yannick Le Colvez incarne la continuité et la proximité avec les joueurs.Il connaît parfaitement les exigences du très haut niveau et les réalités du terrain. Cette expérience lui permet aujourd’hui d’accompagner les joueurs avec une compréhension fine de leurs besoins techniques, tactiques et humains. Au sein du staff, il joue un rôle essentiel dans le suivi individuel des athlètes. Beaucoup de jeunes internationaux évoquent d’ailleurs spontanément son influence dans leur progression. Soufiane El Battachi, l’un des grands espoirs du cécifoot français, résume
parfaitement cette importance. « J’ai travaillé dur grâce à Yannick et à Frédéric. Grâce à eux, j’évolue jour après jour. »
Frédéric Villeroux raconte lui aussi combien Yannick a marqué sa carrière. À l’époque où il possédait encore un reste visuel, le technicien est l’un des premiers à percevoir son potentiel chez les non-voyants. Sans jamais l’imposer, il l’accompagne progressivement dans cette transition décisive.
Une intuition qui contribuera à faire émerger l’un des plus grands joueurs de l’histoire du cécifoot. Cette capacité à détecter les qualités d’un joueur, à le faire progresser et à l’accompagner dans son développement constitue aujourd’hui encore l’une des grandes forces de Yannick Le Colvez. Discret, exigeant et toujours à l’écoute, il représente un relais permanent entre les joueurs et le projet porté par le staff.
Une philosophie avant des résultats
Toussaint Akpweh et Yannick Le Colvez partagent une même conviction : les performances ne sont jamais le fruit du hasard. Derrière chaque victoire se cachent des années de travail, d’expérimentations, de remises en question et de transmission.
Le titre paralympique remporté à Paris est évidemment venu récompenser cette méthode. Mais pour eux, il ne constitue qu’une étape. Leur ambition est plus vaste : continuer à faire progresser le cécifoot français, accompagner l’émergence de nouveaux talents et maintenir les Bleus parmi les meilleures nations mondiales. Car si les joueurs écrivent l’histoire sur le terrain, ce sont souvent les bâtisseurs de l’ombre qui en dessinent les premières lignes.
©Didier Echelard
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