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La formation, première marche du projet de la commission randonnée

21 avril 2022
La commission randonnée est la commission sportive la plus dynamique dans le secteur de la formation. Rencontre avec Emmanuel Buchoud, le directeur sportif randonnée qui nous détaille les formations dans l’activité et leurs enjeux.

Peux-tu présenter les différents niveaux de formations en randonnée ?

Emmanuel Buchoud : Il y a 3 grands niveaux de formation au sein de la commission randonnée : le niveau accompagnateur, le niveau moniteur pour nos bénévoles et le CQH pour les éducateurs sportifs professionnels.

 



Quels sont les formations et les objectifs du niveau accompagnateur ?

E.B : Sur le niveau accompagnateur, l’objectif est d’accompagner une à deux personnes en situation de handicap que ce soit moteur ou sensoriel sur un support d’activités adapté aux publics. L’idée de ces accompagnateurs, c’est de pouvoir dégainer rapidement pour favoriser le bon encadrement dans l’ensemble des sections et clubs qui pratiquent les activités, donner les bons messages, partir sur les bonnes bases. J’ai souhaité mettre un niveau d’entrée accessible qui permette de se lancer dans une démarche de formation avec nous.

L’accompagnateur randonnée va chercher des compétences dans l’accompagnement des sportifs debout ou utilisant du matériel autonome : guidage pour déficients visuels, encadrement de personnes déficientes auditives, fauteuil de randonnée…Mais également des équipement de transport qui permet d’aller plus loin dans le milieu puisque la personne est transportée sur un monocycle comme une joëlette permettant d’aller sur la majorité des itinéraires de randonnée.

Pour l’accompagnateur Fauteuil Tout Terrain, l’objectif est d’encadrer et de favoriser l’autonomie de la personne et son accomplissement avec le respect de sa singularité. L’idée est d’être capable d’encadrer soit en VTT soit en FTT. On peut être soi-même en situation de handicap et encadrant. Dans un système à 3 niveaux de pratique, le but de l’accompagnateur est d’amener à un niveau 2. Il développe les premiers savoir-faire, après c’est un moniteur qui est mis en place car cela nécessite des séances de progression un peu plus techniques, un peu plus pointues, donc un peu plus d’expérience.

Enfin, il y a un accompagnateur Cimgo qui est dédié à ce matériel spécifique. C’est un FTT avec un pilote placé derrière qui permet d’aller sur tous milieux, notamment les pistes de descente de VTT.

Que vise le moniteur randonnée?

E.B : Le moniteur randonnée est une formation récente, il n’y a eu que 2 sessions dans l’histoire Handisport. L’idée du moniteur, c’est d’avoir quelqu’un qui soit en capacité de gérer l’ensemble de l’organisation de l’activité. Dans le cadre du projet High Five sports de nature, les moniteurs sont capables de mettre en place des cycles de progression. On est plus sur simplement sur « je gère une ou deux personnes » mais « je pilote un projet de pratique, met en place des objectifs pédagogiques de séance, sur des supports qui sont soit la randonnée soit le FTT ».

Que vise le Certificat de Qualification Handisport (CQH) randonnée ?

Le CQH s’adresse à des éducateurs sportifs professionnels. Pour cette formation, le public connait bien l’activité mais pas forcément le handicap donc on va plus loin sur les adaptations.

Quels sont les prérequis d’entrée en formation de l’accompagnateur ?

E.B : c’est ouvert à tout bénévole qui souhaite s’impliquer. N’importe qui peut venir s’inscrire, ce qu’il faut c’est avoir une expérience préalable personnelle dans l’activité et être autonome : il faut être capable de marcher en randonnée pédestre ou pouvoir descendre seul en FTT (niveau 3 recommandé) ou en VTT (pistes rouges). Sur le Cimgo, idem, il faut une expérience de VTT ou quad ou de pilotage tout terrain et puis une bonne forme physique car c’est quand même assez intense, comme le tandem ski.

Les prérequis du moniteur ?

E.B : Le moniteur est une formation bivalente, ça veut dire qu’un accompagnateur randonnée ou un accompagnateur FTT va pouvoir passer un moniteur. Ils ne sont pas obligés forcément d’avoir les deux. En revanche le Cimgo n’est pas accepté dans les prérequis car trop spécifique.

Avant de pouvoir s’inscrire au moniteur, il faut avoir un minimum de 6 sorties justifiées de participation en tant qu’accompagnateur, dont une sortie dans les 4 mois qui précédent pour que l’expérience soit fraiche, pour avoir une connaissance de ce qui se fait sur le terrain et avec 2 familles de handicaps minimum.

Avez-vous déjà eu des personnes en situation de handicap parmi les stagiaires ?

E.B : Dans les formations d’accompagnateur, on a eu des personnes en situation de handicap moteur et un certain nombre ont passé l’accompagnateur FTT donc ils ont des prérogatives d’encadrement mais en ayant une personne valide qui va être leurs bras et leurs jambes quand il y a besoin, notamment pour les parades pour des raisons de sécurité mais c’est eux qui vont piloter l’organisation.


On a la même chose sur l’accompagnateur randonnée, deux personnes sourdes qui ont validé la formation qui encadrent tous publics handisport mais qui doivent organiser leur activité pour que les consignes soient bien comprises avant de partir sur le mouvement, sur l’acte moteur, sinon c’est un peu plus compliqué pour eux de gérer le groupe. Elles peuvent le faire en solo si elles sont capables de gérer les moyens de communication à leur disposition, soit en oralisant, soit par un visuel, un dessin ou une ardoise par exemple, ou avec un interprète si elles en éprouvent le besoin. Sur la formation en randonnée, on est vraiment dans le souhait d’intégrer tout le monde et puis de dire que les pratiquants en situation de handicap peuvent être les encadrants de leur pratique et pas uniquement les valides. L’idée est de ne pas dire « ce n’est pas possible » mais de dire dans quelles conditions, c’est possible. Sur un sport de nature, on est dans un environnement changeant et évolutif, c’est lui qui définit la pratique et les besoins de compétences de l’encadrement pédagogiques et de sécurité.

Quelle est la durée de ces formations ?

E.B : Pour toutes, il faut avoir validé les indispensables en e-learning (14h) depuis moins de deux ans. Sur les accompagnateurs, il y a une journée de formation en présentiel suivi d’une journée en situation d’encadrement, complétées de contenus accessibles en ligne.

Pour le moniteur, c’est une formation assez longue puisque c’est 6 jours sur le terrain, un travail préalable en e-learning, plus la mise en place d’un cycle de pratique sous forme de stage, qui est rendu dans un rapport. Il y a un entretien ensuite qui permet de valider le moniteur donc cela prend au moins 6 mois, histoire de tout mettre en place jusqu’à la certification. Le CQH dure, quant à lui, 5 jours.

Comment sont déterminés les lieux de formation ?

E.B : Il y a des territoires où on sait qu’il y a un potentiel de développement, il y a des clubs qui s’affilient, des projets qui se montent, ce sont des lieux où il est intéressant de mettre en place une formation. En général, il y a un bon lien entre la commission randonnée et les territoires (les comités départementaux et régionaux) et c’est comme cela que sont identifiés les besoins. Sur le moniteur et le CQH, c’est la commission qui analyse l’endroit où c’est mieux de les mettre en place. Sur l’accompagnateur, c’est la demande de terrain. Par exemple, actuellement on a une demande sur le FTT sur plusieurs régions du nord de la France, on regarde où sont les stagiaires potentiels. On a choisi de proposer une session sur un format interrégional, en Essonne pour des inscrits qui sont dans les Hauts-de-France, en Ile-de-France et en Normandie. On brasse plus large parce que il n’y en a pas souvent qui sont mises en place dans cette zone-là. Quand on fait des formations randonnée en Bourgogne-Franche-Comté, on va avoir essentiellement des locaux. Cela dépend des territoires. On essaie de coller avec les demandes du territoire, de les regrouper éventuellement pour garantir la mise en place de la session.

Est-ce que les stagiaires restent en contact avec le mouvement handisport après leur formation ?


E.B : Sur un accompagnateur, il y a une journée qui est dédiée à du terrain entre stagiaires avec le ou les formateurs. Après, il y a une journée d’encadrement avec des sportifs en situation de handicap qui est organisé directement par le centre de formation où qui se fait dans les structures affiliées handisport. Cela oblige à rentrer dans le mouvement, même pour un club de randonnée qui utilise principalement la joëlette. La formation permet d’aborder les autres modalités de pratique pour s’ouvrir l’esprit et favoriser l’adaptation aux sportifs. La volonté, c’est vraiment de s’insérer dans le tissu et de montrer qu’il y a un intérêt d’être dans le mouvement Handisport, cela existe sur l’accompagnateur randonnée et FTT. Sur l’accompagnateur, on a, à peu près, un encadrant sur deux, qui reste dans le mouvement de manière régulière ou ponctuelle. Quand un club ou un comité départemental les suit, qu’il y a un projet de développement de l’activité, ces gens s’impliquent sur les organisations. Plus on a d’offres sur la pratique, plus on a de chance de les garder dans le mouvement.

Sur le moniteur, l’ensemble du travail doit être fait en structure affiliée Handisport, il y a un stage et un suivi qui est fait dans le déroulé de la formation. Les stagiaires sont forcément déjà bien impliqués. Cet engagement sera encore renforcé grâce à la transformation induite.

Quel est le nombre de sessions de formation randonnée pour une saison ?

E.B : On a une session par an pour le CQH et le moniteur. Les accompagnateurs, c’est en fonction de la demande des territoires, 4-5 par an pour l’accompagnateur randonnée et 2-3 pour l’accompagnateur FTT.

Comment s’est construite cette offre importante de formation en randonnée ?

E.B : En terme de développement, cela a été un choix stratégique de la commission randonnée. Clairement, on a fait le tour de ce qu’on peut faire et sur les opportunités. On n’est pas partis sur des événements, des manifestations, on a vraiment mis les quelques moyens à notre disposition sur la formation et le bilan est bon sur le nombre de personnes formées, sur le volume de formations notamment depuis 4 ans, les chiffres sont en très forte hausse, multiplié par quatre. Et cela commence à se concrétiser en licences!

Qu’est-ce que la formation apporte au projet de développement de la commission randonnée ?

E.B : La formation, c’est la première marche du projet de la commission avec la formalisation, notamment le cahier des experts sur les fondamentaux FFT et le livret « les essentiels FTT » qui sont hyper structurants et hyper utiles pour nous et puis cela donne de la crédibilité à ce que l’on fait. Mais sans la formation, cela ne sert à rien. Ces écrits servent à faire passer des messages, avoir des supports de formation, des choses qui sont inscrites dans la durée, cela transforme les choses, on passe de « je fais une journée découverte » ou « je fais une balade » à « je pratique de la randonnée ». L’enjeu est là, il est aussi d’accepter la singularité du handicap et comment on peut favoriser l’autonomie. Tout le monde peut prendre une joëlette se mettre à 10 et participer à des courses en secouant la personne en situation de handicap dans tous les sens même si elle aurait pu marcher ou utiliser d’autre matériel. Mais ce n’est vraiment pas la conception de la commission. Sans la formation et sans savoir comment adapter l’activité, en fait, on ne fait pas de la randonnée ! Le pari qui a été fait dès le départ avec Dominique Pettelot (ancien Directeur sportif) mais avec moins de moyens à l’époque, était de tabler sur la qualité, et que en faisant de la qualité, la quantité allait augmenter. On a privilégié la proximité et la qualité en formant des intervenants en région pour renforcer notre capacité à répondre aux besoins de formation. En fait, on sème des graines, et le mouvement sportif les arrosent.

Quelles sont les perspectives en matière de formation pour les prochaines saisons ?

E.B : Le souhait est de continuer sur cette ligne de fonctionnement pour continuer le développement qui n’est pas encore abouti. Quand on regarde ce qui existe dans les territoires, on a encore des trous dans la raquette, on a encore des territoires sur lesquels il y a de la structuration à faire. Par ailleurs, la convention avec la Fédération Française de Randonnée Pédestre est à refondre. Un des enjeux principaux porte sur le volet formation, l’idée est qu’on ait accès aux formations techniques de la FFR et que les gens de la FFR viennent se former chez nous pour nos publics. L’aspect encadrement est fondamental pour qu’il y ait des sections qui s’ouvrent et qu’ils comprennent que la randonnée avec Handisport c’est favoriser l’accomplissement des sportifs de différentes manières. L’enjeu est que les affiliations se fassent chez nous pour l’intérêt du multisport, 70 à 80% des pratiquants valides de sports de nature sont pratiquants multisports (étude du PRNSN) donc les pratiquants en situation de handicap ont tout intérêt à avoir une porte ouverte sur le ski, le kayak, la course d’orientation… Cette porte ouverte est facile chez nous mais plus compliquée pour les fédérations unisports, un vrai atout Handisport !

Y a-t-il d’autres points que tu souhaiterais évoquer ?

E.B : Il y a un enjeu sur le CQH. Au départ, c’est une formation qui a été prévue pour des accompagnateurs en montagne, on s’ouvre aujourd’hui à d’autres éducateurs sportifs notamment quand on sort du milieu montagnard. Notre souhait est également de structurer la randonnée partout et cela peut même être en milieu urbain. On pourrait très bien avoir un accompagnateur randonnée qui se passe à Paris. Par ailleurs, dans les projets de structuration, il y a un souhait de répondre à un besoin identifié sur l’entretien et la mécanique du matériel Handisport avec la mise en place d’une formation ou information sur cet aspect-là, on travaille dessus.


Dates et lieux des formations 2022 :

Accompagnateur Randonnée :

Journée de formation : 09/06/2022 et stage d’encadrement le 10/06/2022 à Carcassonne (11)
Journée de formation : 23/06/2022 à Condé sur l’Escaut (59)

Accompagnateur FTT :

Journée de formation : 29/03/2022 et stage d’encadrement le 30/03/2022 à Champcueil (91)
Journée de formation : 07/05/2022 et stage d’encadrement le 08/05/2022 à Métabief (25)

Accompagnateur FTT option Cimgo

Du 23/06/2022 au 24/06/2022à Besse et St Anastaise (63)

Moniteur Randonnée :

Du 09/05/2022 au 14/05/2022 à Métabief (25)

Certificat de Qualification Handisport

Du 26/09/2022 au 30/09/2022 à Passy (74)


Inscription et calendrier en ligne :

https://extranet.handisport.org/


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