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L’Armée des Champions, un soutien de poids pour les sportifs Handisport

10 juillet 2024

Seize athlètes de haut niveau de la Fédération Française Handisport figurent dans les rangs de l’Armée de champions. Titulaires d’un contrat de travail à durée déterminée renouvelable, ils bénéficient de conditions idéales pour se concentrer pleinement sur leurs objectifs et leurs performances sportives. Échanges humains très enrichissants, acculturation militaire, expériences hors du commun… Ils racontent à quel point ce partenariat est fructueux.

L’Armée des Champions a changé leur vie. Les sportives et sportifs de haut niveau de la Fédération Française Handisport qui ont intégré le dispositif, faisant écho au Bataillon de Joinville, sont unanimes.

Actuellement, seize sportives et sportifs de haut niveau de la FFH sont membres de l’Armée des Champions. Deux sont en cours de signature. Ils seront donc treize à pratiquer un sport d’été et cinq un sport d’hiver. « L’Armée est, aujourd’hui, l’acteur public qui regroupe le plus de sportifs de haut niveau de la FFH », situe Pierrick Giraudeau, en charge du Bureau de la vie des athlètes (BVA) à la Fédération. Il s’agit là bien plus que d’un clin d’œil.

Ce partenariat renvoie à l’histoire du mouvement paralympique, initié par le docteur Sir Ludwig Guttmann. Fondateur, en 1948 de ce qui est devenu les Jeux paralympiques (appelés ainsi en 1960 Rome), ce neurochirurgien œuvrait auprès des blessé de guerre. « Et en France, le bâtisseur de la FFH, André Auberger était un blessé militaire, rappelle Pierrick Giraudeau.» « Avec des amis, également blessés au combat, ils ont développé cette Fédération en s’appuyant notamment sur des établissements militaires comme le CSINI (Cercle sportif de l’institution nationale des Invalides). »

Une prise en charge globale

Cette collaboration a désormais dépassé le seul cadre des blessés militaires. « Ce fut le point de départ de notre histoire partagée. Un nouveau projet de vie, pour les blessés, était mis en place à partir du sport. Cette coopération offre une voie vers la performance et certains sont devenus sportifs de haut niveau », se réjouit le responsable du BVA.  

Benjamin Daviet, figure de proue du ski nordique handisport dont la jambe gauche sera raide à vie (conséquences indirectes d’un accident de cyclomoteur survenu à l’âge de 17 ans) en atteste. « Intégrer l’Armée de champions fut un tournant dans ma carrière », lance celui qui a remporté cinq titres paralympiques en ski nordique et para-biathlon (3 aux Jeux de 2018 et 2 en 2022). « J’ai alors pu me consacrer à 300 % sur mes entraînements, ma préparation physique, mes compétitions. » Incorporé en mars 2015 dans l’Armée de champions, le porte-drapeau de la délégation française aux Jeux d’hiver de Pékin 2022 fut un des pionniers de cette collaboration entre la FFH et le ministère de la Défense.

« Le contrat de travail de Civils de la Défense (1) permet d’être totalement couvert en termes d’assurances et de cotiser pour la retraite aussi. » « Ce sont des avantages que l’on ne retrouve pas dans le cadre d’un sponsoring », ajoute le pongiste Fabien Lamirault, quadruple médaillé d’or paralympique et membre de l’Armée de champions depuis 2021. En janvier 2025, les membres de l’Armée de champions et leur famille, pourront s’ils le souhaitent, bénéficier de la couverture sociale militaire.    

Les représentants de l’Armée stipulent d’ailleurs bien la différence lors de l’accueil des sportifs de haut niveau. Les champions, qui doivent se rendre disponibles 25 jours par an, doivent préciser chaque mois, leur planning des quatre semaines à venir. « Les deux priorités, si cela est compatible avec nos calendriers sportifs, sont les regroupements, avec les autres sportifs de haut niveau, dans différents régiments ou bases et les défilés du 14 juillet, développent les deux champions. Nous pouvons aussi être amenés à nous rendre sur des journées particulières comme des passations de commandement ou pour représenter les corps militaires sur des actions ponctuelles. »

Ils sont aussi marraine ou parrain d’une base, d’un régiment ou d’un secteur militaire. Fabien Lamirault est parrain du CTSA (centre de transfusion sanguine des armées) où travaille son entraîneur Fabrice Kosiak. « Je serai donc à Paris le 14 juillet pour la journée nationale du don du sang pour les Armées », relate le pongiste également multiple champion du monde dans sa catégorie de handicap.

Le cas Fabien Lamirault a repoussé un peu plus loin encore la coopération au nom de la performance. Fabrice Kosiak, son entraîneur personnel, étant cadre du CTSA à l’hôpital militaire de Percy, l’Armée le détache 50 jours par an pour assurer le suivi de son protégé. « Cette disposition n’existait pas avant que je n’intègre l’Armée de champions, appuie le pongiste, qui retrouve dans le dispositif le sentiment d’appartenance à une grande famille qu’il a tant apprécié au CSINI, après son accident. C’est vraiment super. Avant, Fabrice devait quasi systématiquement poser des jours pour m’entraîner ou me coacher. »

 Un attachement aux valeurs républicaines renforcé

Si Fabien Lamirault et Benjamin Daviet avaient les valeurs républicaines et militaires bien ancrées en eux, d’autres comme Anaïs Bescond, trois médailles, dont un titre olympique aux JO d’hiver de 2018 et aujourd’hui entraîneure de tir du para-biathlon français, reconnaît que l’Armée de champions lui a permis d’imprimer ces valeurs. « Je suis entrée à 20 ans dans ce qui était alors le Bataillon de Joinville, rappelle celle qui est aujourd’hui en CDD à la communication, en charge du rayonnement, à l’École militaire de haute montagne à Chamonix. Nous étions basés à Chamonix et non à Fontainebleau comme les champions des sports d’été. J’étais encore en plein développement. J’avais un peu peur, je ne savais pas dans quoi je m’engageais. À mes yeux, l’Armée, ce n’était que les militaires qui partaient à la guerre. Finalement, c’est une succession de petites choses qui font de moi ce que je suis devenue. Les valeurs que l’Armée que j’ai imprimées, sur la durée, sont humaines et en lien avec le haut niveau : le dépassement de soi, la solidarité, le travail d’équipe. Je ne sais pas si c’est dans mon ADN ou si je me suis développée ainsi parce que j’étais au sein de l’Armée, mais cela va de pair. »

Pour Benjamin Daviet, qui a dû renoncer à s’engager dans l’Armée après ses études de plombier en raison de son accident de la circulation, monter sur un podium en représentant la France et les valeurs de l’armée est encore plus fort symboliquement. Le sportif accompli se réjouit d’avoir représenté la France aux Mondiaux militaire de ski nordique et biathlon handisport en Suède en 2023. « Cela m’a permis de revoir de nombreux sportifs militaires étrangers. Il y avait une chouette ambiance. » Il ne cache pas sa grande fierté d’avoir reçu, des mains du Chef d’État major des Armées, le trophée Alexis Vastine, remis au meilleur sportif militaire de l’année, en 2018. « C’est fou d’être élu parmi la centaine de sportifs militaires. » Les lettres de l’État major et/ou des différents ministres de la Défense sont aussi en bonne place dans sa collection de distinctions.

Cohésion, solidarité et acculturation militaire

Les regroupements des sportifs dans les bases militaires ou pour des stages commandos sont des moments très enrichissants. Ils permettent une vraie acculturation militaire. « Nous sommes plongés dans des expériences très dures mentalement et physiquement, explique Benjamin Daviet. Lors de mon premier stage, avec les forces spéciales, nous avons dormi sept heures en cinq jours. Nous étions rincés physiquement et mentalement mais nous sommes tous sortis grandis de cette aventure et des échanges qui l’ont nourrie. »

D’autres sont partis en bivouac sans rechange alors qu’ils ont été trempés, ni dentifrice, duvet ou autres objets superflux. Ils avaient des rondes à effectuer pour prévenir d’une attaque factice. Lors d’un autre regroupement, des sportifs ont été placés yeux bandés et mains maintenues par un serflex dans un vestiaire avec des militaires qui leur criaient dessus pour provoquer un stress important. Certains sont même allés dans l’eau sans rien voir. « Être confrontés à des situations extrêmes est très utile pour notre sport et pas seulement, estiment les champions. Surtout que tout est effectué dans de parfaites conditions de sécurité. »

Cela renforce la cohésion, la notion de solidarité et favorise les échanges entre sportifs. « Nous sommes très nombreux au sein de la famille olympique et paralympique, indique Fabien Lamirault. Lors des ces stages, nous faisons connaissance avec d’autres sportifs, cela nous permet ensuite de les suivre lors des championnats majeurs et des Jeux. De suivre leur discipline aussi. » Si les réalités sportives de chacun sont abordées au détour des discussions, celles-ci sont de tout ordre.

Un changement de regard

Cette inclusion contribue aussi à changer les regards. L’entraide entre les sportifs olympiques et paralympiques est mutuelle et réciproque. Pour Anaïs Bescond l’intégration de parasportifs dans l’Armée de champions a même été une révélation. « Ça ouvre les yeux à tout le monde. Ils démontrent de vraies aptitudes, de vrais savoir-faire. Ils sont capables de faire des trucs de dingue. Si on leur donne l’opportunité, ils savent faire, ils repoussent leurs limites, s’adaptent et cultivent ces valeurs de solidarité et de cohésion, lance-t-elle. Sans ces rencontres, jamais je n’aurais imaginé devenir entraîneure de tir du para-biathlon. » Anaïs Bescond admet avoir échangé avec Marie Bochet, figure emblématique de l’équipe de France de ski alpin handisport et membre de l’Armée de champions, avant de passer le pas. « Ce sont de si belles rencontres, de si belles personnes. Ces champions affichent une telle volonté que je croyais qu’il fallait être un peu ‘‘super humain’’ aussi pour les encadrer, sourit-elle. Marie m’a expliqué et convaincue que je n’avais qu’à être moi-même. »

De nombreuses actions partagées mises en place 

La convention qui lie la FFH avec le Centre national des sports de la Défense (CNSD) et le ministère de la Défense, propose un projet beaucoup plus global. « Chaque corps des armées dispose d’une cellule particulière pour l’accueil des blessés militaires. Des temps d’initiation sportive sont proposés et de la formation de cadres est mise en place, développe Pierrick Giraudeau. Il existe des actions partagées pour offrir un premier niveau d’informations permettant aux militaires blessés de découvrir des activités physiques adaptées à leur pathologie. Il s’agit là d’un premier niveau d’accès à la pratique sportive, relayée par le ministères et toutes ses structures. Le dernier étage de la fusée est, lui, lié à la haute performance. » L’Armée des Champions représente finalement la partie émergée d’une collaboration complète et historique entre la FFH et le ministère de la Défense.

1 : Contrairement aux sportifs olympiques qui sont militaires gradés et intégrés à des régiments ou des corps de l’Armée, principalement de terre, de l’air ou de la marine, les parasportifs, inaptes, en raison de leur handicap, pour embrasser une carrière militaire, sont des Civils de la Défense. Ils n’ont donc pas de grade. 

Marie Patouillet, l’une des figures de proue de l’Armée des Champions nous parle de son expérience. Je fonce lire la suite…

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