Un accident qui bouleverse tout
Pour Mathis Tiphaigne, le vélo a toujours été bien plus qu’une passion. Depuis son plus jeune âge, le cyclisme rythme son quotidien, avec une ambition clairement affichée : devenir coureur professionnel. Un rêve qu’il poursuit jusqu’à ce jour où tout bascule.
Lors d’une descente de col, le jeune cycliste percute un camion. Un accident d’une extrême violence, dont il ne garde aucun souvenir. Les blessures sont lourdes : plusieurs fractures, une longue immobilisation et surtout une atteinte du plexus brachial, provoquant une paralysie de son bras gauche. Commence alors un véritable parcours du combattant, entre hospitalisation, opérations et longs mois de rééducation.
Pendant trois mois, Mathis reste largement immobilisé, avant d’entamer un important travail de réathlétisation. Malgré les avis médicaux pessimistes sur ses chances de retrouver son niveau, une idée ne le quitte pas : remonter sur un vélo.
Habitué à revenir rapidement après ses précédentes chutes, il doit cette fois apprendre à composer avec le temps. Une épreuve aussi physique que mentale pour celui qui avait construit tous ses projets autour du cyclisme. Mais renoncer n’a jamais véritablement fait partie de son vocabulaire. À force de travail et de persévérance, il retrouve progressivement ses sensations, puis le chemin de la compétition.
Le para cyclisme, une nouvelle voie vers le haut niveau

©Grégory Picout
Si Mathis parvient à retrouver le peloton, son rapport au handicap et au para cyclisme ne se construit pas immédiatement. D’abord réticent à l’idée d’intégrer ce nouvel univers, il peine à se reconnaître dans le statut de para athlète. C’est finalement sous l’impulsion de son père qu’il accepte de tenter l’expérience. Direction Ostende, en Belgique, pour sa première Coupe du monde de para cyclisme. Classé en catégorie C5, réservée aux cyclistes présentant certaines limitations physiques, il découvre un niveau de concurrence bien supérieur à ce qu’il imaginait. Une prise de conscience immédiate, accompagnée d’un premier résultat prometteur : une deuxième place.
Rapidement intégré à l’équipe de France, Mathis trouve sa place dans un collectif ambitieux, où la concurrence devient un moteur de progression. Après une expérience contrariée sur les Championnats du monde sur route, il prend sa revanche quelques semaines plus tard sur la piste de Rio, en 2025, en décrochant sa première médaille mondiale.
Un résultat qui confirme son potentiel et ravive son ambition de toujours : évoluer parmi les meilleurs. Ancien pistard chez les jeunes, Mathis retrouve une discipline qu’il avait délaissée pour privilégier la route. Désormais, il entend bien mener les deux de front, avec une préférence assumée pour les efforts explosifs et le sprint.
Cette progression s’accompagne aussi d’une évolution dans sa manière de courir. Depuis son accident, le jeune Français prend davantage conscience des risques, notamment dans les descentes. Sans perdre son tempérament de compétiteur, il apprend à mieux choisir ses efforts et à privilégier la régularité plutôt que les prises de risques inutiles.
Du vélodrome au fournil, une autre passion à construire
Longtemps, Mathis Tiphaigne n’a vécu que pour le vélo. Une passion dévorante qui occupait toute la place, au point que chaque contre-performance pouvait remettre en question son équilibre personnel. Mais depuis quelques mois, le jeune homme a trouvé un nouveau terrain d’expression, bien loin des pelotons.
Attiré par l’entrepreneuriat, il s’est lancé dans des études de boulangerie, avec l’ambition d’ouvrir un jour ses propres établissements, pourquoi pas à l’international. Un projet mûrement réfléchi, pour lequel il a choisi d’apprendre le métier de l’intérieur, avant d’envisager la gestion d’une entreprise.
Entre les réveils matinaux, les heures passées au fournil et les entraînements l’après-midi, ses journées sont particulièrement chargées. Mais cette nouvelle organisation lui apporte un équilibre qu’il ne connaissait pas auparavant. Lorsque le sport devient plus difficile, la boulangerie lui permet de prendre du recul, de se concentrer sur d’autres objectifs et de ne plus faire dépendre toute sa réussite d’un résultat sportif.
Deux univers que tout semble opposer, mais dans lesquels Mathis retrouve finalement les mêmes exigences : la rigueur, la répétition des gestes, le goût du travail et la volonté de progresser.
Une manière aussi de construire son avenir au-delà de la compétition, sans pour autant revoir ses ambitions sportives à la baisse.
Apeldoorn en ligne de mire, Los Angeles pour horizon
À quelques jours des Championnats du monde de para cyclisme sur piste à Apeldoorn, aux Pays-Bas, Mathis Tiphaigne aborde une nouvelle échéance avec des ambitions affirmées. Après sa première médaille mondiale en 2025, le Français souhaite désormais franchir un cap et décrocher le maillot arc-en-ciel, symbole du titre de champion du monde.
Un objectif qui s’inscrit dans une trajectoire plus large, avec les Jeux Paralympiques de Los Angeles 2028 en ligne de mire. Pour y parvenir, il poursuit son travail sur piste comme sur route, convaincu que chaque détail peut faire la différence au plus haut niveau.
Lorsqu’il doit résumer son parcours en un mot, Mathis choisit sans hésiter la « résilience ». Un terme qui prend tout son sens au regard du chemin parcouru depuis son accident. De la rééducation aux podiums internationaux, le jeune Français a déjà démontré sa capacité à rebondir. Et à Apeldoorn, il espère désormais écrire une nouvelle page de son histoire.