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Un report pour vivre pleinement les Jeux

14 avril 2020
Claire Gully-Lhonoré est psychologue du sport à Rennes (Ille-et-Vilaine). Elle a accepté de livrer son analyse de la situation exceptionnelle que traversent les sportifs à travers plusieurs thèmes. Aujourd’hui, place aux conséquences du report des Jeux paralympiques du 24 août au 5 septembre 2021.

 

Claire Gully-Lhonoré, avez-vous été contactée par des sportifs depuis l’annonce officielle du report des Jeux en 2021 ? 
Claire Gully-Lhonoré : Il leur a fallu le temps d’encaisser la nouvelle. Dès le surlendemain, quelques-uns m’ont appelé mais j’ai eu davantage d’entraîneurs. Ils se projettent déjà dans la reconstruction d’un programme, d’une planification dans l’optique de de ce temps supplémentaire de préparation. C’est une décision qui va dans le bon sens. Et même si les dates des épreuves les plus proches restent encore inconnues, savoir que les Jeux auront lieu l’été prochain (24 août au 5 septembre 2021) leur offre une perspective concrète. Or les sportifs adorent ce qui est concret. Ils peuvent à nouveau avancer dans la construction de leur saison. La donne est plus difficile à appréhender pour celles et ceux qui avaient décidé de mettre un terme à leur carrière après ces Jeux. La décision, si elle est prise uniquement par l’intéressé(e), est souvent le fruit de discussions avec le staff, la famille, le conjoint… Si je suis confrontée à de telles situations, je vais chercher à ouvrir la discussion. A travers les échanges, la personne doit prendre conscience qu’il y a encore du sens à y aller ou au contraire, peut-être verra-t-elle qu’elle s’est tellement projetée dans l’après, que le sport n’a plus le sens qu’il avait jusqu’à présent.   
 
Psychologiquement et physiquement, ce report permet aux sportifs de se donner le temps pour revenir en forme ?
C. G.-L. : En termes de reprise, il aurait fallu du temps et sans doute n’auraient-ils jamais retrouvé leur niveau avant les Jeux. On enlève ce poids lié au fait qu’ils doivent revenir vite et « méga » bien alors que l’on sait qu’en termes de risque de blessure et de préparation mentale, ce n’est pas évident. Ce report va leur permettre d’aborder les Jeux pleine possession de leurs moyens.
Toutes les étapes de la remise en forme, de la montée en puissance et en pression, avec les phases de décompression nécessaires, se feront en intégralité. Au niveau mental, certains athlètes ont besoin, juste avant la compétition, de baisser un peu leur volume de pratique ou de s’entraîner différemment pour faire naître un début de manque afin d’arriver avec une envie décuplée. Chacun va avoir la possibilité de mettre en place tout ce qu’il fait habituellement.
 
Les notions d’iniquité ou d’injustice quant à la préparation n’ont plus lieu d’être  
C. G.-L. : Ce report va gommer la sensation d’iniquité, liées à la période à laquelle les pays ont été touchés par cette crise sanitaire. Toutes les nations seront en mesure d’y prendre part aussi et tous les sportifs auront pu s’y préparer comme il le faut. C’est important puisque l’universalité est un des fondements des Jeux. Ce report va éviter de voir naître des débats, de l’ordre de l’équité, de la santé, qui n’auraient pas servi le monde du sport.
 
Les Jeux seront bien la fête planétaire du sport en somme
C. G.-L. : Au-delà de l’aspect sportif, tous ont aussi réagi ainsi. Les Jeux sont une fête, pour eux, pour le public, les familles. Il y a du mouvement, un brassage des cultures, du monde dans les stades et dans les salles. Les symboles des Jeux rendent pour beaucoup de sportifs l’événement plus important que des championnats du monde, ou du moins avec une couleur émotionnelle vraiment différente. Les Jeux riment avec fête, fraternité, bonheur. Ils vont avoir une liberté d’action impossible à avoir s’ils avaient eu lieu à l’été 2020.

Ce n’est pas un hasard si des sportifs se font tatouer les sigles olympiques et paralympiques sur le corps une fois qu’ils ont participé aux Jeux. De nombreux sportifs disent avoir « vécu les Jeux ». C’est au sens au littéral du terme, un événement qui se vit. Or s’ils avaient eu lieu cette année, personne les n’auraient vécus comme il se doit.

Propos recueillis par J. Soyer


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