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Le confinement, quelles conséquences ?

7 avril 2020
Claire Gully-Lhonoré est psychologue du sport à Rennes (Ille-et-Vilaine). Elle a accepté de livrer son analyse de la situation exceptionnelle que traversent les sportifs à travers quatre thèmes. Aujourd’hui, place aux conséquences du confinement. Nous aborderons ensuite avec elles celles liées au report des Jeux à 2021.
 

Comment les sportifs peuvent-ils essayer de vivre au mieux le confinement ?
Claire Gully-Lhonoré : Ils doivent accepter une baisse de la motivation ponctuellement de faire autre chose (bouquiner…). Ce confinement induit un important chamboulement. Tout leur rythme, leurs repères et leur cadre sont bouleversés. Leurs habitudes sont rompues. La question est de savoir comment ils réorganisent leur journée sachant qu’ils ne vont pas effectuer 3 heures de gainage dans la journée. Maintenir un cadre, des repères, est toujours intéressant parce que ça permet de rythmer les journées.

Comment garder la motivation et la rigueur ?
C.G-L : En général, ce qui aide à rester motiver, ce sera l’objectif. Mais là, d’ici la fin de saison, il y en a beaucoup moins. L’objectif ne peut donc pas être la seule source de motivation.
Pour maintenir la motivation sans objectif ni projection claire, l’idée est de varier les exercices, faire preuve de créativité, s’entraîner différemment, travailler les axes de progression et se faire également plaisir en travaillant ce qu’on aime bien, couper avec des activités qu’ils font peu ou pas habituellement par manque de temps…

Le rôle de la famille peut-il être encore plus important durant cette période de confinement ?
C.G-L : Oui. Il peut y avoir ce côté très positif de la famille proche qui va encourager, inciter le sportif à ne pas lâcher. Lui rappeler qu’elle est là. 

Le confinement induit aussi une réduction conséquente de la pratique et de la dépense énergétique. Sur le plan psychologique, quels peuvent être les impacts ?
C.G-L : On va retrouver chez certains, les mêmes aspects de manque que pour des personnes ayant une addiction. Ça va jouer sur l’humeur, le bien-être… Il peut y avoir des transferts, sur d’autres occupations, poussés à l’extrême. Il peut donc y avoir des glissements de comportement peu porteurs pour le sportif… Et ce, même si celui-ci a l’impression que ça lui fait du bien. D’autres vont mieux réussir à relativiser, à se projeter de manière mesurée sur d’autres projets. Mais d’une manière générale, on va approcher une sensation de manque. 
 
Peut-il aussi y avoir d’autres conséquences d’ordre plus physiologiques ?
C.G-L : Oui. Il y a les personnes qui ont une addiction au sport pour qui les enjeux sont importants. Les sportifs ayant une pratique très régulière vont aussi ressentir une modification. On est alors dans le physio, avec la production de certaines hormones. La personne va devoir faire un nouveau réglage général (psychologique, physiologique). Si ce confinement s’étire dans le temps, il y pourrait également y avoir des changements sur l’apparence corporelle. Et là, on touche à l’image corporelle du sportif, on s’attaque à la carapace et à l’outil du sportif. Cela peut donc avoir des impacts. 

Quelles sont les pistes pour lutter contre ces sensations de manque ?
C.G-L : Dans les cas où le manque sera le plus prononcé, il sera difficile d’agir. Mais d’une manière générale, c’est un vrai travail d’équipe entre les différentes composantes du staff (entraîneur, préparateur physique, mental…). Il faut que les entraîneurs gardent un cadre en ne donnant pas trois ou quatre séances à effectuer dans la même journée aux sportifs. Pour les plus jeunes, ils doivent conserver le rythme, sports, travail scolaire, lecture. Le confinement est aussi un moment opportun pour faire autre chose. Cela vaut aussi pour les sportifs plus âgés. L’encadrement doit aider le sportif à accepter qu’il ne fera pas autant de sport qu’à l’accoutumée. 

Pendant ce confinement, regarder des vidéos de son sport, peut-il être un moyen de compenser ce manque de pratique ?
C.G-L : Oui. On a souvent recours à la visualisation mentale en cas de blessure. Des études ont démontré l’intérêt réel de cette pratique. Pour les nageurs par exemple, ils ne peuvent pas aller nager dans leur baignoire et continuer ainsi les « vrais mouvements », en revanche, ils peuvent être dans la visualisation mentale, geste par geste, le départ, le virage, les sensations, les bruits… Et de manière plus générale, imaginer ou se replonger dans l’ambiance de sa dernière compétition réussie, dans cette salle, dans cette pièce. Revivre l’ambiance, se laisser porter par les émotions positives.
Et là, on est plus uniquement sur la technique d’utilisation du potentiel : on mélange de la visualisation, de la respiration, du discours interne, du corporel, de l’émotionnel, etc. Ainsi, on revit pleinement ce qui nous a fait du bien, ce qui a été porteur de sens, qui maintient la motivation et la confiance en soi. 

C’est un aspect très positif. Pour les plus jeunes qui sont encore en cours d’apprentissage, comme pour les plus expérimentés, regarder des vidéos de pros qui font bien les gestes est un important. Cela est gratuit et permet de garder un lien et le contact avec la gestuelle/la technique. 

Ce confinement va aussi permettre à chacun d’entre nous de mesurer l’importance des« vrais » rapports humains. Cela met aussi en avant la créativité des sportifs et leurs belles initiatives. 

Propos recueillis par J. Soyer


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