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Un très bon bilan pour les cyclistes tricolores au Canada

15 août 2022
L’équipe de France disputait depuis jeudi dernier et jusqu’à dimanche 14 août les championnats du monde sur route dans la petite cité canadienne de Baie-Comeau, à cinq heures de route de Québec. L’occasion pour les hommes de Laurent Thirionet, le directeur sportif en charge du haut niveau de la discipline à la Fédération Française Handisport, de confirmer leurs très bons Jeux Paralympiques de Tokyo. Dans la foulée de la belle moisson réalisée aux championnats d’Europe (23 médailles dont 11 titres) en mai dernier, les Tricolores ont cette semaine brillé, glanant 17 médailles, dont 6 titres. Un bilan qui leur permet de truster la 5e place au classement des nations. Rendez-vous pour la majorité d’entre elles et eux à Saint-Quentin en Yvelines (78), théâtre des championnats du monde sur piste du 20 au 23 octobre.

Dans le sillage de Florian Jouanny et Riadh Tarsim, médaillés d’or en relais et en course en ligne de leur classe de handicap, les Français, à l’issue d’un dimanche doré, ont confirmé les très bons résultats obtenus à Tokyo, lors des épreuves sur route des derniers Jeux Paralympiques. Sur le parcours très technique de Baie-Comeau, au Canada, la France a décroché un total de 17 médailles (6 or, 7 argent et 4 bronze). Si les Bleus sont 5es au classement de nations, établi au nombre de médailles d‘or, ils sont deuxièmes au nombre total de podiums puisque seule l’Italie, avec 20 médailles, (6 or, 10 argent, 4 bronze) a fait mieux. Les Pays-Bas, l’Allemagne et les États-Unis, respectivement 1er, 2e et 3e du classement officiel des nations, totalisent 14, 14 et 12 récompenses, mais 11, 8 et 7 titres. 

Mathieu Jeanne, entraîneur national et bras droit du Directeur Sportif, Laurent Thirionet, décrypte les performances de ses protégés et apprécie de voir onze des vingt Français présents au Canada revenir avec, au moins, une médaille autour du cou.

Mathieu, comment qualifier ce bilan français ?

Mathieu Jeanne : Il est bon, même très bon. Pas excellent, cependant. Ce n’est pas de la prétention. Seulement, sur les épreuves de contre-la-montre, on fait beaucoup de deuxièmes, troisièmes, voire quatrièmes places, avec très peu d’écart. Néanmoins, c’est rassurant : nous avons encore des pistes et des voies  d’améliorations pour aller chercher l’or sur les chronos. En revanche, sur route, ce fut excellent. Les coureurs ne se sont pas loupés.

Quel regard portez-vous sur les conditions, l’adversité, le parcours, réputé technique…

M. J : La plupart des coureurs connaissaient déjà ce circuit qui était le même que celui des étapes de coupe du monde en 2019. C’est un circuit comprenant vingt virages mais les routes étant assez grandes, ça passait plutôt bien. Nombre d’entre eux se passaient à haute vitesse. Les conditions météo étaient idéales, puisque  nous avions environ 25 °C et l’organisation est toujours réglée au millimètre ici.

Des confirmations et une relève au niveau

Quelle image forte retenez-vous de ces championnats du monde côté français ?

M. J : Les confirmations. Celles de Florian Jouanny, de Kévin Le Cunff. Je retiens aussi les belles performances de deux nouveaux jeunes : Florian Chapeau, 5e sur le chrono en C2 et vice-champion du monde de la course en ligne en C2 et Gatien Le Rousseau, 4e du chrono en C4. Cela démontre que la relève est au rendez-vous. Aussi, je note le titre de champion du monde de Riadh Tarsim (C3), sur la course en ligne, alors que ce circuit, qui grimpait, n’est pas à son avantage. Il a su être prêt le jour J.

Beaucoup de médaillés l’étaient déjà à Tokyo… La relève a-t-elle vraiment été à la hauteur de vos attentes ?

Oui et même davantage. Gatien (Le Rousseau) n’a qu’un an dans le vélo, Florian n’a que 19 ans et est très récent sur la scène internationale. De manière générale, la jeunesse progresse à vitesse grand V.  

Marie Patouillet, spécialiste de la piste, s’impose dans le même temps que l’Allemande Bratchendorf lors de la course en ligne, dimanche…

M. J : Marie disputait  à Baie-Comeau, sa troisième course en paracyclisme. On sait qu’elle va vite au sprint. Il n’y a pas eu énormément de mouvements, donc elle s’est accrochée pour rester dans la roue, arriver au sprint et ainsi jouer sa carte à fond. C’est un beau succès. Il faut aussi souligner l’absence de la Britannique Sarah Storey (multiple médaillée paralympique et mondiale), qui domine largement cette catégorie mais qui est tombée la semaine dernière en coupe du monde. Son absence a changé le scenario de course. Cela a favorisé une arrivée groupée lors de laquelle Marie a pu faire parler ses qualités de vitesse.

En quoi ces confirmations de Florian Jouanny, Alexandre Léauté, Loïc Vergnaud… sont-elles de bon augure à deux ans des Jeux de Paris ?

M. J : On est encore loin des Jeux mais ces championnats du monde nous permettent de nous situer par rapport aux autres nations, d’évaluer le travail à fournir d’ici 2024. On va faire un débriefing personnel avec chaque athlètes mais cette répétition nous rappelle que rien n’est acquis et qu’il faudra se remettre en question en permanence. Les Jeux de Paris sont encore loin et il va falloir continuer de travailler encore et encore.   

Un an après les excellents Jeux de Tokyo, les championnats d’Europe et du monde vous démontrent que l’équipe ne s’est pas relâchée ?

M. J : C’est rassurant mais on savait, avant Tokyo, que cette équipe, à l’exception des deux pilotes de tandem, allait être celle visant les Jeux de Paris. D’ailleurs beaucoup y pensent déjà et savent que les places vont être chères. Par rapport à la densité chez les hommes et au nombre de quotas que nous aurons, je pense qu’il y aura des déçus. Il sera impossible d’emmener tout le monde.   

Le paysage mondial a-t-il changé ? De nouveaux visages vous ont-ils marqué ?

M. J : Un Canadien, qui avait gagné en C3 la Coupe du monde au Québec la semaine passée, est arrivé. Même s’il a raté un peu ces championnats du monde. Mais globalement, ça n’a pas trop changé, il y avait deux ou trois absents de marque. Sinon, on a retrouvé ceux qui étaient devant à Tokyo, fin prêts pour ces Mondiaux. Il y avait un gros niveau.

Il y a aussi la victoire du relais, la première du clan tricolore sur ces mondiaux. Elle a certainement une saveur particulière…

M. J : Oui même si on s’y attendait. Aux Jeux de Tokyo, sans l’incident technique de Florian Jouanny, on avait les moyens d’aller chercher l’or. Sur les trois coupes du monde, on avait gagné avec trois équipes différentes. D’ailleurs, ce fut compliqué de faire la sélection parce que nous avons la chance d’avoir cinq très bons handbiker capables de faire le relais (Florian Jouanny, Loïc Vergnaud, Riadh Tarsim, Mathieu Bosredon, Joseph Fritsch). Ils sont invaincus en Coupe du monde et ils ont confirmé leur statut.

Qu’est-ce qui fait la force des relais français ?

M. J : Techniquement, il n’y a pas de difficulté comme on peut en trouver en athlétisme avec le passage de témoin. Néanmoins, l’entente et la cohésion entre les cinq sont les clés de cette réussite. Chacun veut se dépouiller pour l’autre. Ils savent aussi qu’il y a une petite concurrence. Ils peuvent être remplacés quand l’un d’eux est moins bien. Ils essaient donc toujours de surpasser pour servir l’équipe. La concurrence est saine. Je souligne aussi les progrès de Joseph (Fritsch). Il atteint désormais le Top 5 et dans les années à venir, il faudra compter sur lui.

Mathieu Bosredon, 3e de la course en ligne et 4e du chrono, semble avoir bien digéré son forfait sur blessure pour les Jeux ?

M. J : Oui. Après Rio, il s’est bien remis en question et a changé pas mal de choses. Cela ne s’est pas trop vu l’an dernier parce qu’il a cumulé pas mal de soucis mais on le savait fort. Il l’a démontré cette année sur un circuit qui ne lui était pas favorable. Cela confirme ses progrès. Dans sa catégorie, c’est compliqué parce que le premier, Jetze Plat (Néerlandais), est un monstre mais pour Mathieu, comme pour Joseph, il faut aller chercher des 2e et 3e places.

Retrouver un pic de forme en octobre

Pouvez-vous revenir sur les courses C2 et C5 où deux coureurs Français avaient clairement des objectifs de médailles ?              

M. J : La donne est assez différente entre les deux catégories. En C2, Florian disputait son premier championnat du monde. Il était dans la découverte quand Alexandre est déjà un habitué des épreuves de très haut niveau. Florian devait donc avant tout se faire plaisir. Alexandre, lui, connaît ses adversaires, sait comment courir et est au-dessus sur la course en ligne. En C5, pour Kévin Le Cunff et Dorian Foulon, c’est avant tout un travail d’équipe entre les deux. Ils sont très surveillés donc ils prennent les devants à tour de rôle pour user les adversaires. Et l’un ou l’autre se retrouve dans la bonne échappée jouer la gagne. Ça s’est passé comme ça dimanche lorsque Kévin Le Cunff a gagné.

Alexandre Lloveras faisait la paire avec Maxime Gressier, un nouveau pilote. Quelles sont les satisfactions de ce duo, médaillé de bronze sur le chrono et d’argent en course en ligne ? 

M. J : On est assez surpris de leur niveau parce que Maxime a des qualités un peu différentes de celles de Corentin Ermenault (le pilote d’Alexandre à Tokyo). Mais la cohésion, la communication et la synchronisation entre les deux hommes sont très très bonnes. C’est un tandem qui s’est monté en très peu de temps mais déjà très efficace. Ils s’entendent très bien aussi en dehors du vélo, Maxime est allé plusieurs fois faire des stages de tandem chez Alexandre. C’est un tandem tellement récent qu’il y a encore pas mal de pistes de progression parce que l’objectif est d’aller chercher la première place. Il y a la piste et les championnats du monde à venir du 20 au 23 octobre à Saint-Quentin en Yvelines. On verra ce que ça donne.

A Saint-Quentin, on retrouvera beaucoup des vingt sélectionnés à Baie-Comeau ?

M. J : Oui. Le seul qui n’était pas au Canada, c’est Raphaël Beaugillet, avec son nouveau pilote, Quentin Caleyron qui remplace François Pervis. Mais on va retrouver ces mêmes sportifs. On commence d’ailleurs la préparation dans deux semaines. Une fois de retour en France, il va y avoir un peu de repos et il faudra s’y remettre.

Les bons résultats obtenus à Baie-Comeau sur route peuvent-ils apporter des certitudes dans l’optique des mondiaux de piste ?

M. J : Non. C’est très différent, surtout sur les épreuves, du Km, du 500 m ou de poursuite individuelle. En plus, il faut beaucoup pratiquer sur la piste pour retrouver le geste, le coup de pédale. Le plus dur va consister à retrouver un pic de forme d’ici au mois d’octobre. Il faut voir comment les sportifs vont récupérer de ces moniaux et du voyage.

Rédaction : J. Soyer                        


Les médailles françaises

6 médailles d’Or : Marie Patouillet (C5, Course en ligne), Kévin Le Cunff (C5, Course en ligne), Alexandre Léauté (C2, Course en ligne), Riadh Tarsim (H3, Course en ligne), Florian Jouanny (H2, Course en ligne), Relais handbike (Jouanny, Tarsim, Vergnaud).

7 médailles d’argent : Florian Jouanny (H2, Contre-la-montre), Loïc Vergnaud (H5, Contre-la-montre et course en ligne), Alexandre Léauté (C2, Contre-la-montre), Dorian Foulon (C5, Contre-la-Montre), Florian Chapeau (C2, Course en ligne), Alexandre Lloveras et Maxime Gressier (Tandem, Course en ligne).

4 médailles de bronze : Florian Bouziani (C3, Contre-la-montre), Alexandre Lloveras et Maxime Gressier (Tandem, Contre-la-montre), Kévin Le Cunff (C5, Contre-la-montre), Mathieu Bosredon (H4, Course en ligne).            


 La compétition en images

PARACYCLISME / Championnat du Monde sur route 2022


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