Aller sur le site du WPA Paris 2023
A+A-

L’analyse des performances au service des besoins des entraineurs

24 mars 2022
Le projet de recherche de grande ampleur, « Paraperf* », a débuté depuis plus deux ans, et comprend un axe d’étude dédié à l’analyse des performances Handisport. Pour comprendre comment ce projet de recherche apporte une plus-value à la préparation des sportifs engagés dans un projet de performance, nous avons interrogé en regards croisés Julien Schipman, chercheur et coordonnateur de ce travail au sein du laboratoire IRMES de l’INSEP et Roza Soposki, référente technique haut niveau du tennis de table Handisport.

Comment analysiez-vous la concurrence avant de vous appuyer sur les outils développés par l’IRMES dans le cadre du projet Paraperf ?

Roza Soposki (RS) : Nous mettions en priorité en place de l’analyse vidéo, mais qui était parfois limitée en termes de matériel. Nous consultions également le site internet de la fédération internationale de tennis de table (ITTC) et plus particulièrement les données concernant les résultats et les rankings.

Quels outils sont développés dans le cadre du projet Paraperf sur l’analyse des performances ?

Julien Schipman (JS) : Nous développons une application dédiée à chaque discipline sportive (12 disciplines Handisport sont concernées au sein du projet Paraperf), permettant d’accéder à des analyses identifiées par les staffs des différents sports. Pour le tennis de table, l’application développée par Imad Hamri, membre de l’équipe du lot 1 de Paraperf, traite des données individuelles, de confrontations sportives, modélise la dynamique des performances des pongistes à travers des couloirs de performance (en fonction des catégories, des handicaps ou de l’âge, par rapport à la concurrence internationale) ou permet de définir un classement par pays afin de catégoriser la France par rapport à ses concurrents.

Quelle plus-value cette application vous apporte dans le cadre de la préparation des joueurs de tennis de table aux grandes échéances internationales ?

RS : Nous avons la chance d’avoir un site de fédération internationale plutôt bien fourni. Nous pouvions par exemple déjà avoir accès aux analyses individuelles. Mais l’application Paraperf va plus loin sur certaines analyses, notamment sur la gestion de matchs par exemple. Sur la partie « analyse des confrontations », cela constitue un gain de temps énorme pour nous, puisque nous devions tout réaliser par nos propres moyens par le passé. Les couloirs de performance sont une innovation complète car nous n’avions aucune donnée ou analyse sur cette partie. Quant au classement par pays réalisé par l’addition de tournois pour réaliser une ranking, c’est une façon de mesurer et de valoriser les performances de la France dans notre discipline.

Comment se sont déroulés les premiers échanges entre chercheurs et staffs pour initier ce travail collaboratif ?

JS : Nous avons organisé un premier échange avec les staffs pour leur présenter dans les grandes lignes les données et les travaux déjà réalisés dans d’autres sports. L’objectif était pour nous de créer un contact humain, d’éveiller la sensibilité des staffs aux données, leur montrer ce que l’analyse de la performance peut leur apporter, comment l’utiliser, l’exploiter et la maîtriser. Ces échanges permettent également de faire émaner des idées, de susciter des questions et des besoins, de nous questionner sur la recherche de données disponibles mais aussi de de faire émerger les besoins des staffs.

Comment faîtes-vous pour récolter les données nécessaires aux analyses de la performance ?

JS : Dans un premier temps, nous sommes dépendants des données fournies par les fédérations sportives internationales ou de celles des compétitions internationales. Dans certains sports où nous disposons de moins de données en ligne, les résultats sportifs sont plus difficiles à collecter. Ce qui peut nous complexifier le travail, ce sont également les formats de données. Quand ils sont disponibles en pdf ou sous forme de diagrammes, cela nous demande un temps de transformation plus important pour rendre les données exploitables. Enfin, la qualité des données est importante comme le détail des matchs en sports collectifs. Cela conditionne les analyses que nous pourrons ensuite réaliser derrière.

Partagez-vous ces analyses avec les membres du staff ou les sportifs ?

RS : L’application avec l’ensemble des analyses est disponible à tous les entraineurs nationaux. Lors des regroupements sur les stages, nous consultons ensemble les analyses avec les staffs pour en discuter, en débattre, ça fédère l’équipe. Tout le travail d’analyse en vue des compétitions internationales est également réalisé en amont car nous disposons de peu de temps pour les réaliser lors de compétitions ou entre deux matchs par exemple. Pour cela, nous formalisons des fiches types synthétisant des informations telles que les points forts et les points faibles, le service préférentiel, le pourcentage de gains et de défaites… sur les adversaires du top 10 mondial. Nous utiliserons ensuite ces fiches en fonction du tirage au sort des matchs. Ce qui est déterminant pour faire adhérer les staffs à la démarche, c’est notamment la présentation de l’application qui a simplifié l’accès aux analyses de résultats.

Avez-vous déjà identifié des axes de développement de l’application ?

RS : Julien et son équipe sont venus nous présenter les premiers résultats et l’application pendant la préparation terminale des Jeux Paralympiques de Tokyo.  Nous avons pu faire des demandes d’ajouts au sein de l’application tels que l’analyse de matchs en simple pendant les confrontations par équipe ou un onglet de classement par pays. Nous avons aussi réalisé de nouvelles demandes d’analyses suite au changement de règlement international sur les matchs en double telles que le ranking, l’analyse des matchs et des résultats.

JS : Ces échanges nous ont permis d’identifier les améliorations à apporter à l’application telle que la probabilité de gagner ou de perdre en fonction de l’évolution du score en temps réel. L’ajout d’un onglet d’analyse vidéo est également possible afin de centraliser l’ensemble des informations concernant chaque sportif. De plus, si des analyses supplémentaires étaient réalisées via d’autres sources, nous pourrions les ajouter aux analyses individuelles réalisées (latéralité du sportif, type de service…).

Quels sont les développements prévus dans les autres disciplines Handisport ?

JS : A ce jour, les applications déployées concernent l’athlétisme, le cyclisme, la natation, l’escrime, le tir à l’arc et l’haltérophilie. Selon les sports, des améliorations sont régulièrement effectuées selon l’accès aux données et échanges avec les staffs. Pour certains sports collectifs, c’est un peu plus compliqué car nous disposons de peu de données sur les performances internationales.

Rédaction : S.Mauduit

*Le projet Paraperf bénéficie d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence ANR-19-STPH-0005.

 

Chercheurs impliqués dans l’axe de recherche « caractériser les trajectoires de performance » : Julien Schipman (coordinateur), Imad Hamri, Yann Rivallant, Mélanie Baconnais, Bryan Le Toquin, Jeremy Wanner, Nathan Miguens (IRMES, INSEP).

Retrouvez l’ensemble des partenaires du projet Paraperf : https://labos-recherche.insep.fr/fr/paraperf


A lire aussi

Lancement du projet Paraperf

La physiologie au sein du projet Paraperf

Autres articles sur ce thème : Actualité / Expertise / Recherche / Tennis de table
haut de page