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Les Bleuets, 9es rentrent avec des regrets et des pistes de travail

20 septembre 2022
L’équipe de France U 23 a connu un championnat du monde difficile. Décevant même. Septièmes en 2017, lors de la dernière édition, les Bleuets terminent ce mondial, disputé à Phuket (Thaïlande) du 7 au 16 septembre, à la 9e place. Stéphane Binot, le directeur sportif de la discipline pour la Fédération Française Handisport dresse un premier bilan et pose quelques pistes pour avancer.  

Stéphane on peut parler d’un championnat du monde décevant ?  
Stéphane Binot : C’est décevant mais il y a des explications, des réalités. Nous avions dans notre poule le Japon, champion du monde, la Turquie, finaliste et l’Espagne, médaillée de bronze. Par ailleurs, le Brésil a étonné tout le monde en termes de prestations. On avait donc une belle poule.

Parallèlement, on peut nourrir des regrets face au Japon, parce qu’on les tient et face à la Turquie. Les Turcs étaient vraiment prenables mais on a été encore moins bons qu’eux, alors que sur ce match, ils n’ont pas été si forts.  D’où nos regrets, parce que ça se joue à pas grand-chose et notamment à un manque de constance.

Qu’a-t-il manqué à cette équipe de France qui nourrissait des ambitions ? 
S. B : Le staff technique assume sa part de responsabilité dans ce que l’on peut appeler un échec vis-à-vis des objectifs annoncés. Il a manqué de la rigueur. Pas uniquement sur le lieu de la compétition. Je parle de rigueur au quotidien. De culture de l’entretien de son corps. Il faut adopter cela avec l’aide des clubs mais aussi et surtout par une prise de conscience des joueurs. Ils doivent comprendre que, par exemple, si la préparation physique est suivie avec assiduité, toute l’année, ça va payer sur ces grands rendez-vous. En revanche, si ce n’est pas le cas, tu vas le payer. On a du mal à obtenir cette implication de leur part. Aussi, on n’a pas été épargné par les pépins. 

« Une équipe jeune »

Comment ça ?  
S. B : Ylan Perset, qui appartient au cinq majeur, n’a pas pu partir avec nous, parce que blessé. Pendant l’épreuve, de nombreux joueurs ont été malades (gastro, infections urinaires) et n’ont donc pas pu jouer plusieurs matches ce qui a modifié les plans de jeu par moment indéniablement.

Quels sont les points positifs à retenir de ce championnat du monde ? 
S. B : Un des points positifs est que nous sommes loin d’avoir la moyenne d’âge la plus élevée. On est assez jeune, autour de 19 ans et demi. D’autres nations sont venues avec des effectifs avoisinant les 22 ans, atteignant donc quasiment la limite d’âge. Il va y avoir beaucoup de renouvellement dans les années à venir dans les effectifs de cette génération pour ces nations.

Aussi, même si le Canada et la Thaïlande sont moins forts que les adversaires rencontrés en poule, on a su battre les Canadiens en match de classement, alors que nous les avions perdus de deux points en poule. Avec le travail vidéo et des joueurs qui comprennent que le plan de jeu doit être appliqué à la lettre, en attaque et en défense, on ne leur a laissé aucun espoir sur le match de classement. Si tout le monde se met à travailler au quotidien, les clubs, mais avant tout les joueurs, avec un suivi dans les clubs, ça peut fonctionner. Mais actuellement, nos joueurs restent jeunes et manquent d’autonomie de manière générale. Quand on voit la finale entre le Japon et la Turquie, les joueurs sont bien plus autonomes et ont une lecture du jeu affinée qui leur permet d’être réactif et de faire le bon choix.

«  Avoir une forme d’intelligence dans le travail »

Qu’entendez-vous exactement par autonomie ?             
S. B : On les guide trop. Il y a trop à dire. C’est aussi avoir une forme d’intelligence de travail. Les shooters doivent travailler ce secteur, les intérieurs, en revanche, ne vont pas prioriser la même chose… Ils doivent établir une préparation et une routine, même à l’échauffement, qui leur permet de prendre confiance en eux. De se rassurer. Il nous revient donc de trouver des moyens et des solutions pour les rassurer en permanence.  

Dans le jeu, ils doivent aussi gagner en maturité dans leur manière de lire le jeu, afin d’être plus autonomes, être plus opportunistes quand cela s’impose et à faire le bon choix.  

Comment le groupe a vécu, notamment ce début de compétition compliqué ?  
S. B : Ce fut assez étrange. Parfois, on a eu le sentiment que les personnes les plus agacées étaient les membres du staff général. Les mecs sont très potes entre eux. Ils forment une équipe en dehors du jeu, on pensait que nous en avions formé une, lors des stages et des tournois en Israël, au mois de juin. Mais quand on a perdu notre premier match contre l’Espagne, ce qui était dans l’ordre des choses au regard du niveau des Espagnols, à la place d’avoir une équipe de dix joueurs, on a eu dix joueurs, qui ont par moments, manqué de cohésion et de solidarité. Pour performer à ce niveau, ce n’est pas pareil.  

Comment l’expliquer ? 
S. B : On a eu beaucoup d’individualités. Nos joueurs sont encore assez focalisés sur leurs performances individuelles. Ils ont un peu de mal à admettre d’être sur le banc. Ils n’encouragent pas forcément leurs équipiers et ne sont pas prêts à aller au combat quand ils entrent. C’est un ensemble de petits détails que tu paies.  

Comment corriger ça ? 
S. B : Par un certain rabâchage quotidien dans les clubs. Nous, on commence à avoir des résultats en la matière. Si les championnats du monde démarraient aujourd’hui, certains joueurs verraient sans doute les choses d’une autre manière. Mais si leur quotidien est linéaire et sans contrainte, nous, on est limité dans nos actions. Sur un tel événement, on ne les a pas assez longtemps. Il leur revient d’adopter cette culture du sportif de haut niveau, avec l’exigence que l’on se met à soi-même, le fait d’accepter de ne pas jouer 40 minutes équipe de France, comme ils le font en club.

Un mot sur l’organisation de ce Mondial, assuré par la Thaïlande, alors que le Japon devait l’accueillir en mai ? 
S. B : On a eu de très bonnes conditions d’accueil de manière générale. Après, le gymnase n’était pas transcendant mais correct. Sur un championnat du monde, on pouvait espérer une place pour le jeu un peu plus sympa. En revanche, les Thaïlandais étaient très chaleureux, l’hôtel était bien et les transports réglés au millimètre. 

Néanmoins, jouer un championnat du monde jeune fin mai, une fois les championnats nationaux terminés, aurait été plus intéressant sur le plan sportif. En effet, reprendre une saison par un tel événement est compliqué parce que nous savons que la saison estivale est toujours difficile à gérer.  

Quelle sera la suite pour cette génération ?  
S. B : Il va y avoir logiquement  un championnat d’Europe en 2023. Il y a aura forcément un changement de staff. Il était prévu que Karim El Gueddari, le sélectionneur de cette équipe et moi-même nous consacrions à l’équipe de France masculine. Suivre les deux collectifs est devenu compliqué. En ce qui concerne les U23, on va se poser, les joueurs vont relancer leur saison. Il faut se donner un temps de la reconstruction pour les convoquer à nouveau. Là, on va digérer et faire un bilan détaillé de cette contre-performance.

Rédaction : J. Soyer


LE PARCOURS DES FRANÇAIS

Matches de poule : Espagne – France : 64-30 ; Brésil – France : 80-55 ; Japon – France : 57-47 ; Turquie – France : 53-36 ; Canada – France : 58-56 a.p

Matches de classement pour finir 9e : Thaïlande – France : 34-68. Canada – France : 33-62     

Le podium. Finale : Japon – Turquie : 52-47. Match pour la 3e place : Allemagne – Espagne : 49-79


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